Cet article appartient à un dossier en quatre volets consacré à la dévolution de pouvoirs et de responsabilités de l’État central à la Bretagne.
À partir du précédent ouvert par la Corse, Yes Breizh analyse les enjeux d’une évolution institutionnelle, ses conséquences concrètes et les objections qu’elle peut susciter.
Volet 3/4
Les débats institutionnels souffrent souvent d’un défaut majeur : ils paraissent éloignés des préoccupations quotidiennes.
Pour de nombreux Français, et donc pour beaucoup de Bretons, modifier la Constitution semble relever d’une mécanique administrative sans effet concret sur leur existence.
C’est pourtant l’inverse.
L’organisation des pouvoirs publics détermine directement la capacité d’un pays ou d’une région à répondre aux besoins de sa population. La question essentielle n’est donc pas seulement de savoir si la Bretagne doit disposer d’un statut particulier. Il s’agit surtout de déterminer si elle possède les moyens d’agir lorsque les réponses nationales ne sont pas adaptées à ses réalités.
C’est précisément sur ce terrain que Yes Breizh souhaite porter la réflexion.
La dévolution n’est pas une fin en soi. Elle doit donner à la Bretagne les outils nécessaires pour améliorer concrètement la vie des Bretonnes et des Bretons.
Agir plus efficacement sur le logement permanent
Le logement constitue l’un des exemples les plus évidents.
Depuis plusieurs années, la Bretagne connaît une hausse importante des prix de l’immobilier. Cette augmentation touche particulièrement les communes littorales, les îles et les grandes agglomérations.
La multiplication des résidences secondaires, l’attractivité touristique, l’évolution démographique et la rareté du foncier aggravent la situation. Par conséquent, l’accès au logement devient de plus en plus difficile pour les jeunes actifs, les familles et les salariés de nombreux secteurs.
Aujourd’hui, les principaux leviers fiscaux et réglementaires restent décidés au niveau central. Pourtant, les difficultés rencontrées à Kemper, Brest, Rennes, Nantes, Saint-Malo ou sur le littoral ne sont pas identiques à celles d’autres régions françaises.
Une Assemblée de Bretagne disposant de compétences élargies pourrait expérimenter des dispositifs mieux adaptés. Elle pourrait moduler certaines mesures fiscales, soutenir davantage le logement permanent ou adapter les règles d’urbanisme. Elle pourrait également créer de nouvelles incitations à la construction et à la rénovation des logements destinés aux habitants.
L’objectif ne serait pas de rompre l’égalité devant la loi. Il consisterait à répondre à une situation objectivement différente.
C’est d’ailleurs l’un des exemples développés dans le Levrig de Yes Breizh. Une politique du logement décidée en Bretagne pourrait prendre en compte les réalités de chaque pays, des métropoles jusqu’aux communes rurales et littorales.
Construire une véritable stratégie économique bretonne
La même logique vaut pour l’économie.
La Bretagne possède un tissu productif original. Celui-ci repose notamment sur l’agriculture, l’agroalimentaire, les activités maritimes, la construction navale et les énergies renouvelables.
À ces secteurs historiques s’ajoutent désormais le numérique, la cybersécurité, les biotechnologies et de nombreuses filières innovantes. Leur développement exige une stratégie cohérente sur plusieurs décennies.
Or les politiques concernant la formation, l’innovation, les infrastructures, l’investissement et l’accompagnement des entreprises sont aujourd’hui réparties entre de nombreux acteurs. L’État, la région administrative, les départements, les intercommunalités, les communes et différentes agences interviennent chacun dans leur domaine.
Cette superposition rend l’action publique difficilement lisible. Elle ralentit certains projets, disperse les moyens et dilue les responsabilités.
Une Assemblée de Bretagne dotée de véritables compétences économiques pourrait coordonner ces politiques plus efficacement. Elle rapprocherait les besoins des entreprises, les programmes de formation, la recherche, les investissements et les infrastructures.
Surtout, les décisions seraient prises par des responsables directement comptables de leurs résultats devant les électrices et les électeurs de Bretagne.
Yes Breizh propose donc une dévolution organisée et sérieuse des pouvoirs. Cette évolution serait plus efficace que le fonctionnement actuel, marqué par une France hypercentralisée et un empilement administratif devenu difficilement compréhensible.
Départements, intercommunalités, communes, agences nationales et autorités administratives se partagent aujourd’hui les responsabilités. Cette organisation complexe consomme des moyens publics considérables sans toujours permettre d’identifier clairement qui décide.
Autrement dit, la dévolution renforcerait la démocratie autant que l’efficacité administrative.
Maîtriser davantage notre avenir énergétique
La question de l’énergie fournit un autre exemple concret.
La Bretagne reste importatrice nette d’électricité. Pourtant, elle possède un potentiel considérable dans les énergies marines renouvelables, l’éolien en mer, les réseaux intelligents et les technologies liées à la transition énergétique.
Une politique bretonne renforcée ne remplacerait évidemment pas les grandes orientations françaises ou européennes. En revanche, elle permettrait de mieux coordonner les infrastructures, la planification, les investissements industriels et la recherche.
Elle faciliterait également la concertation avec les populations concernées. En effet, les grands projets énergétiques ne peuvent réussir durablement sans l’adhésion des habitants, des communes, des pêcheurs et des acteurs économiques.
Une Assemblée de Bretagne pourrait ainsi définir une stratégie énergétique cohérente avec les besoins du pays. Elle pourrait aussi mieux relier production, consommation, innovation et implantation industrielle.
La transition énergétique ne serait plus seulement une contrainte imposée par des objectifs nationaux. Elle pourrait devenir un projet économique breton, créateur d’activités, de compétences et d’emplois durables.
Élaborer une stratégie maritime intégrée
La façade maritime constitue l’un des principaux atouts de la Bretagne.
Ses ports, sa pêche, ses chantiers navals, ses activités scientifiques et son économie littorale représentent des enjeux stratégiques. Il en va de même pour la biodiversité marine, la sécurité en mer et la protection des côtes.
Aujourd’hui, ces domaines dépendent de politiques souvent fragmentées entre plusieurs administrations. Les décisions concernant les ports, la pêche, l’énergie, la recherche ou l’environnement sont rarement pensées dans une stratégie bretonne commune.
La dévolution de certaines compétences permettrait de construire une véritable politique maritime intégrée. Celle-ci pourrait associer le développement économique, la protection de l’environnement, la sécurité civile et la recherche scientifique.
Elle pourrait également renforcer les coopérations avec les autres nations maritimes et celtiques.
La Bretagne occupe une position stratégique sur la façade atlantique européenne. Pourtant, elle ne dispose pas encore des moyens institutionnels correspondant à cette réalité.
Une Assemblée de Bretagne pourrait faire de la mer un axe central de développement plutôt qu’un sujet réparti entre différentes politiques publiques.
Protéger et transmettre le breton et le gallo
Les langues de Bretagne constituent un autre domaine révélateur.
Depuis plusieurs décennies, de nombreuses initiatives ont permis de développer les écoles immersives, les filières bilingues, la signalétique, les médias et la création culturelle. Ces progrès reposent largement sur l’engagement des familles, des enseignants, des associations et des collectivités.
Cependant, ils restent dépendants de décisions prises au niveau national. Les moyens demeurent insuffisants, tandis que les obstacles juridiques et administratifs ralentissent le développement de l’enseignement.
Reconnaître davantage de compétences à une Assemblée de Bretagne permettrait de construire une politique linguistique cohérente sur le long terme. Celle-ci intégrerait le breton et le gallo dans l’éducation, la culture, la vie publique, les médias et la transmission du patrimoine.
Cette politique ne viserait pas à opposer les langues de Bretagne au français.
Elle permettrait aux Bretonnes et aux Bretons d’apprendre, de transmettre et d’utiliser leurs langues historiques dans des conditions normales.
L’avenir du breton et du gallo ne peut pas dépendre éternellement de décisions ponctuelles, de négociations ministérielles ou de changements de majorité à Paris.
Il exige une politique durable, définie et assumée en Bretagne.
Adapter les politiques agricoles aux réalités bretonnes
Cette logique vaut également pour l’agriculture.
Les exploitations bretonnes évoluent dans un contexte marqué par la concurrence internationale, les transitions environnementales et l’évolution des attentes de la société. Elles doivent aussi contribuer à la souveraineté alimentaire tout en préservant leur viabilité économique.
Ces objectifs sont parfois présentés comme contradictoires. Pourtant, une stratégie cohérente pourrait permettre de concilier performance économique, qualité des productions et responsabilité environnementale.
Une politique définie en Bretagne coordonnerait mieux les dimensions agricoles, scientifiques, économiques et écologiques. Elle tiendrait compte de la diversité des exploitations, des filières et des paysages agricoles.
La Bretagne pourrait ainsi accompagner les transformations nécessaires sans appliquer uniformément des dispositifs conçus pour des réalités très différentes. Elle pourrait également mieux soutenir la recherche, l’innovation, la transmission des exploitations et la création de valeur sur place.
La dévolution ne supprimerait pas les règles françaises et européennes.
Cependant, elle donnerait à la Bretagne une capacité d’adaptation et d’action beaucoup plus importante.
Assumer une véritable responsabilité financière
L’autonomie ne consiste pas uniquement à recevoir davantage de compétences.
Elle implique également d’assumer davantage de responsabilités financières.
Une Assemblée de Bretagne devrait pouvoir rendre compte de ses choix fiscaux, de ses priorités budgétaires et des résultats obtenus. Cette responsabilisation constitue probablement l’un des aspects les plus importants de la dévolution.
Elle romprait avec une culture politique où chaque difficulté peut être renvoyée vers l’État central. Les institutions bretonnes devraient définir leurs priorités, arbitrer entre plusieurs politiques publiques et assumer démocratiquement leurs décisions.
Dès lors, les électrices et les électeurs sauraient plus clairement qui décide, avec quels moyens et pour quels résultats.
Cette responsabilité distingue une véritable autonomie d’une simple décentralisation administrative. Transférer des missions sans transférer les ressources et le pouvoir de décision ne suffit pas. À l’inverse, disposer de nouveaux pouvoirs exige une obligation renforcée de transparence et de résultat.
Yes Breizh ne prétend pas que toutes les décisions seraient nécessairement meilleures parce qu’elles seraient prises en Bretagne. Une institution bretonne pourrait, elle aussi, commettre des erreurs.
Cependant, les décisions concernant la Bretagne doivent pouvoir être prises par des responsables directement confrontés à nos réalités. Ces responsables doivent ensuite répondre de leurs choix devant les Bretonnes et les Bretons.
C’est cette exigence qui se trouve au cœur de la dévolution défendue par Yes Breizh.
Plus qu’un simple transfert de compétences, elle propose une nouvelle relation entre les habitants, leurs élus, les institutions et les acteurs économiques ou associatifs.
Cette relation serait fondée sur la proximité, la transparence et l’obligation permanente de rendre compte.
Volet 1 : autonomie de la Bretagne
Volet 2 : dévolution des pouvoirs en Bretagne
Volet 3 : conséquences de la dévolution en Bretagne
Volet 4 : objections à l’autonomie de la Bretagne
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