Autonomie de la Corse et dévolution pour la Bretagne 2/4

Le vote corse ouvre un nouveau chapitre institutionnel

de Yes Breizh
Publié le Dernière mise à jour le

Cet article appartient à un dossier en quatre volets consacré à la dévolution de pouvoirs et de responsabilités de l’État central à la Bretagne.
À partir du précédent ouvert par la Corse, Yes Breizh analyse les enjeux d’une évolution institutionnelle, ses conséquences concrètes et les objections qu’elle peut susciter.

Volet 2/4

Dévolution des pouvoirs en Bretagne

En adoptant en première lecture le projet de loi constitutionnelle relatif à l’autonomie de la Corse, l’Assemblée nationale n’a pas seulement engagé une réforme concernant une île. Elle a ouvert un débat beaucoup plus vaste : celui de la capacité de la République française à reconnaître sa diversité.

Depuis des décennies, la question régionale reste enfermée dans une opposition stérile. D’un côté demeure un modèle centralisé, hérité de la Révolution et renforcé par deux siècles de tradition administrative. De l’autre, toute demande de pouvoirs supplémentaires est régulièrement caricaturée en aspiration séparatiste.

Le vote concernant la Corse vient bousculer cette représentation. Il montre qu’une troisième voie peut désormais être envisagée : celle d’une autonomie organisée au sein de la République.

L’autonomie n’est plus un sujet interdit

Les débats parlementaires ont été révélateurs. Les partisans du texte n’ont pas présenté l’autonomie comme une remise en cause de la souveraineté française. Ils l’ont défendue comme une manière d’adapter les institutions à des réalités particulières.

Plusieurs intervenants ont ainsi rappelé qu’une reconnaissance des spécificités corses ne créerait pas une citoyenneté distincte. Elle permettrait à une collectivité démocratiquement élue d’exercer davantage de responsabilités dans les domaines où elle est la mieux placée pour agir.

Les opposants ont, quant à eux, exprimé leurs inquiétudes. Leurs critiques ont notamment porté sur les notions de « communauté historique » et de « lien singulier à sa terre ». Certains redoutent aussi une différenciation excessive entre les différentes parties de la République.

Le débat a donc moins concerné le principe même de l’autonomie que ses limites, ses garanties constitutionnelles et ses modalités d’application.

Cette évolution mérite d’être soulignée.
Pendant longtemps, le simple mot « autonomie » suffisait à provoquer une crispation immédiate en France. Désormais, il est discuté à l’Assemblée nationale. Il est amendé, juridiquement encadré et défendu par des élus appartenant à plusieurs sensibilités politiques.

Le projet corse traduit donc une évolution profonde de la culture institutionnelle française. Celle-ci reste fragile et inachevée. Cependant, une porte vient incontestablement de s’entrouvrir.

La dévolution, une troisième voie pour la Bretagne

Yes Breizh préfère généralement employer le mot dévolution.
Celui-ci décrit plus précisément le processus démocratique permettant d’aboutir à une autonomie responsable.

La dévolution désigne le transfert durable de compétences politiques, économiques, sociales et culturelles vers une institution démocratiquement élue. Toutefois, cette institution continue d’appartenir au même État pour les matières régaliennes.

Ainsi, la défense, la diplomatie, la monnaie ou les grands principes de la justice continueraient de relever de l’État. En revanche, des politiques comme le logement, les langues, la formation, le développement économique ou l’aménagement de la Bretagne pourraient être décidées au plus près des personnes concernées.

Le principe est simple : une décision doit être prise au niveau le plus proche des Bretonnes et des Bretons, sauf lorsqu’une raison impérieuse justifie son exercice à un échelon supérieur.

Cette logique correspond au principe européen de subsidiarité. Elle ne consiste pas à opposer systématiquement la Bretagne à l’État central. Elle vise plutôt à déterminer quel niveau de décision peut agir avec le plus d’efficacité, de légitimité et de responsabilité.

C’est également la philosophie développée par Yes Breizh.
La dévolution n’est pas une revendication identitaire destinée à dresser la Bretagne contre le reste de la France. Elle constitue une méthode de gouvernement fondée sur la responsabilité, l’efficacité et la proximité démocratique.

Par ailleurs, cette approche peut réunir des sensibilités différentes. Certaines personnes souhaitent une autonomie approfondie. D’autres préfèrent une évolution progressive des institutions. Toutes peuvent néanmoins se retrouver autour de propositions concrètes améliorant la vie des Bretonnes et des Bretons.

Le projet élaboré par Yes Breizh s’inscrit naturellement dans cette perspective. Il ne demande pas un privilège pour la Bretagne. Il propose que celle-ci puisse décider dans les domaines où ses réalités diffèrent fortement de celles prises en compte par les politiques nationales.

Une France encore exceptionnellement centralisée

Cette réflexion n’est pas propre à la Bretagne.
Partout en Europe, des États ont adapté leur organisation pour tenir compte de leur diversité historique, culturelle ou géographique.

Au Royaume-Uni, le Parlement écossais et le Parlement gallois disposent de compétences importantes qui leur ont été dévolues. L’Espagne reconnaît de larges pouvoirs à ses communautés autonomes. La Finlande garantit un statut particulier aux îles Åland. De son côté, le Danemark entretient une relation institutionnelle spécifique avec les îles Féroé et le Groenland. Enfin, plusieurs régions italiennes bénéficient d’un statut spécial.

Ces organisations sont très différentes. Elles sont le produit d’histoires, de rapports de force et de compromis propres à chaque pays. Toutefois, elles reposent sur un principe commun : l’unité d’un État n’exige pas nécessairement l’uniformité de son organisation.
Loin d’affaiblir ces États, la dévolution a souvent permis de rapprocher les décisions des citoyens. Elle a aussi donné aux institutions concernées les moyens de répondre à leurs propres réalités.

La France demeure une exception en Europe.
Certes, plusieurs vagues de décentralisation ont transféré des responsabilités aux collectivités. Cependant, ces évolutions ont souvent correspondu à des transferts de charges sans véritable transfert du pouvoir normatif ou des ressources nécessaires.

Les décisions essentielles continuent donc d’être largement prises à Paris. Les collectivités disposent de compétences, mais elles restent dépendantes des normes nationales. Elles dépendent aussi de réglementations élaborées par l’administration centrale et de ressources financières dont elles ne maîtrisent pas entièrement les règles.
Cette centralisation n’est pas seulement une question institutionnelle. Elle influence directement la vie quotidienne.

Si la Bretagne souhaite adapter sa politique du logement à une forte pression foncière, ses possibilités restent limitées. Si elle veut construire un enseignement mieux adapté à sa réalité linguistique, elle dépend de décisions nationales. De même, elle ne maîtrise pas suffisamment les politiques nécessaires à son économie maritime ou à ses infrastructures.

La Bretagne peut proposer, négocier, réclamer ou expérimenter.
En revanche, elle peut rarement décider seule et durablement.

C’est précisément ce constat qui nourrit le débat sur la dévolution des pouvoirs.

Pourquoi la Bretagne mérite aussi un débat institutionnel

Le vote sur l’autonomie de la Corse constitue un précédent majeur. Il soulève donc une question inévitable : d’autres pays ou régions de France possèdent-ils des caractéristiques justifiant une réflexion comparable ?

Yes Breizh laisse naturellement aux Alsaciens, aux Basques, aux Catalans ou aux autres peuples concernés le soin de répondre pour eux-mêmes. Chaque histoire est particulière. Chaque projet doit également être élaboré par celles et ceux qui vivent dans le pays concerné.
Il ne s’agit donc pas d’une « contagion », contrairement à ce qu’affirment certains défenseurs du centralisme. Il s’agit d’une réflexion sur l’amélioration du fonctionnement d’une France excessivement centralisée. Le général de Gaulle lui-même avait tenté d’infléchir ce modèle lors du référendum de 1969.

De la même manière, Yes Breizh ne cherche pas à assimiler la Bretagne à la Corse. Leurs histoires sont différentes. Leurs situations géographiques et leurs trajectoires politiques le sont également.
Cependant, elles partagent un point essentiel. La Corse comme la Bretagne possèdent des réalités historiques, culturelles, linguistiques et géographiques assez fortes pour justifier une organisation institutionnelle adaptée.

Pendant longtemps, l’État français a considéré que l’égalité supposait l’uniformité. Plus les règles étaient identiques partout, plus la République semblait forte. Cette conception a largement contribué à construire l’État central. Aujourd’hui, elle montre pourtant ses limites.

La société a changé.
Les défis environnementaux, économiques, sociaux ou culturels exigent souvent des réponses différenciées. Une règle uniforme ne produit pas nécessairement des résultats égaux lorsqu’elle s’applique à des situations profondément différentes.

Des réalités bretonnes qui exigent des réponses bretonnes

La Bretagne possède une façade maritime d’environ 2 700 kilomètres.
Son économie pourrait être encore davantage tournée vers la mer. Son agriculture figure parmi les plus puissantes d’Europe, mais elle doit évoluer avec les attentes de la société et les habitudes de consommation.
Son industrie agroalimentaire est stratégique.
Elle pourrait aussi devenir exemplaire en se plaçant à la pointe d’une transition écologique créatrice de valeur. En outre, la Bretagne dispose d’un tissu dense de PME et de filières innovantes.

Elle possède également deux langues historiques, une identité culturelle forte et une position particulière à l’extrémité occidentale de l’Europe. Enfin, ses liens avec les autres nations celtiques pourraient soutenir de nouvelles coopérations économiques, culturelles et universitaires.

La Bretagne dispose donc d’un potentiel considérable.
Pourtant, son développement souffre de contraintes administratives, réglementaires et normatives nombreuses. Certaines finissent même par devenir contradictoires.

Les enjeux liés à la pêche, aux énergies marines renouvelables, aux ports, à l’érosion côtière ou à la sécurité en mer occupent ici une place majeure. De même, les politiques agricoles doivent tenir compte d’un modèle productif particulier. Celui-ci doit réussir sa transition tout en préservant l’emploi, la souveraineté alimentaire et la capacité d’investissement des exploitations.
Les difficultés de logement diffèrent également entre les métropoles, les communes rurales et les communes littorales.
Ces dernières sont confrontées à la multiplication des résidences secondaires et à une forte pression immobilière.

Enfin, les politiques de formation devraient mieux répondre aux besoins d’une économie bretonne tournée vers la mer, l’agroalimentaire, le numérique, les biotechnologies et la cybersécurité.

Malgré toutes ces particularités, les principaux leviers normatifs restent centralisés.

Une autonomie responsable plutôt qu’une décentralisation inachevée

Dans son Levrig, qui sera actualisé à l’automne 2026 grâce aux contributions de ses comités de réflexion, Yes Breizh défend une dévolution organisée des pouvoirs. Celle-ci doit permettre à la Bretagne d’accéder à une autonomie réelle et responsable.

Yes Breizh n’est pas un parti politique.
Le mouvement constitue une dynamique de réflexion et d’action. Il souhaite réunir les Bretonnes et les Bretons autour de propositions concrètes, sans les enfermer dans les clivages politiques habituels.

Ainsi, la question du logement pourrait bénéficier d’une fiscalité adaptée aux tensions propres au littoral.
Les politiques en faveur du breton et du gallo pourraient être définies en Bretagne. De même, les stratégies énergétiques, maritimes et économiques gagneraient en cohérence si elles relevaient davantage d’institutions bretonnes.

Cet argumentaire est avant tout pragmatique. Il ne repose ni sur les slogans ni sur la gesticulation.

La crise sanitaire, les crises agricoles, le Brexit et la transition énergétique ont montré les limites d’une organisation uniforme. Les difficultés de recrutement rencontrées dans certains secteurs confirment également la nécessité de réponses adaptées.

C’est pourquoi le projet plus complet préparé par Yes Breizh ne se limite pas à une transposition du texte corse. Il prévoit la reconnaissance de la Bretagne dans ses cinq départements. Il propose aussi de remplacer l’actuel Conseil régional par une véritable Assemblée de Bretagne, élue au suffrage universel.

Cette Assemblée disposerait de compétences renforcées dans des domaines stratégiques. Le logement, le patrimoine, les langues, l’agriculture, la mer et la coopération interceltique pourraient notamment en faire partie.

Une telle évolution traduirait une conception renouvelée de l’organisation française. La Bretagne ne serait plus traitée comme une simple circonscription administrative. Elle deviendrait un véritable espace de responsabilité démocratique.

Une France capable d’accepter que l’unité ne signifie pas l’uniformité.
Une France faisant davantage confiance aux élus lorsqu’ils disposent d’une légitimité démocratique claire.
Une France garantissant également que ces nouveaux pouvoirs restent soumis à des mécanismes constitutionnels solides.

Au fond, le débat ouvert par la Corse nous oblige à répondre à une question essentielle : la France souhaite-t-elle conserver un modèle conçu au XIXᵉ siècle ou expérimenter une gouvernance plus proche des peuples, plus responsable et mieux adaptée à leurs réalités ?

Volet 1 : autonomie de la Bretagne
Volet 2 : dévolution des pouvoirs en Bretagne
Volet 3 : conséquences de la dévolution en Bretagne
Volet 4 : objections à l’autonomie de la Bretagne

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