Voix de Bretagne est une série d’entretiens courts proposée par Yes Breizh.
À travers cinq questions simples, des Bretonnes et des Bretons venus d’horizons différents partagent leur regard sur l’avenir de la Bretagne.
Leurs réponses sont publiées telles quelles, sans modification.
Qui est Pêr Vari Kervarec ?
Pêr Vari Kervarec et l’avenir de la Bretagne.
Artiste, chanteur et musicien, Pêr Vari Kervarec s’inscrit dans une démarche profondément ancrée dans la culture bretonne.
À travers la musique et les rencontres, il explore les liens entre transmission, identité et modernité.
Son parcours, nourri d’expériences humaines et culturelles, interroge la place de la Bretagne dans le monde d’aujourd’hui.
Pêr Vari Kervarec partage dans cet entretien son regard sur l’avenir de la Bretagne.
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Qu’est-ce qui, dans ton parcours personnel, t’a amené à t’engager pour la Bretagne aujourd’hui ?
Je ne dirais pas qu’il y a eu un moment précis. C’est quelque chose qui s’est construit progressivement.
Au départ, il y a mes grands-parents. Ils étaient agriculteurs, issus du monde paysan. Chez eux, la Bretagne n’était pas un discours ou un engagement. C’était une manière de vivre. Un rapport à la terre, au travail, aux autres.
Ils n’en parlaient pas forcément. Mais ils la faisaient vivre, simplement.
Et puis, très tôt, il y a eu la musique. J’ai commencé la bombarde à dix ans, au conservatoire de Quimper et au Bagad Bro Foën.
Et là, il y a une personne qui a compté énormément pour moi : mon professeur, Jean-Yves Herlédan.
Il ne m’a pas seulement appris un instrument. Il m’a transmis quelque chose de plus profond. L’envie de chanter la Bretagne et de connaître son histoire. De comprendre ce que je faisais. De donner du sens à chaque note.
C’est là que tout a commencé à prendre une autre dimension.
Ensuite, avec le temps, j’ai fait beaucoup de rencontres. Des personnes très différentes, mais qui avaient toutes en commun ce lien à la Bretagne. Certains parlaient breton, d’autres non. Mais tous, d’une certaine manière, parlaient Bretagne. Dans leurs gestes, dans leur regard, dans leur façon d’être.
Ces rencontres m’ont marqué, parce qu’elles étaient sincères, profondes, sans posture.
Et petit à petit, j’ai pris conscience que tout cela pouvait disparaître. Que, concernant, la langue, la culture, la mémoire… rien n’était acquis.
C’est là que j’ai compris l’importance de connaître notre passé.
Parce qu’on ne peut pas avancer sans savoir d’où l’on vient.

Connaître l’histoire de la Bretagne, ce n’est pas regarder en arrière.
C’est comprendre. C’est se situer. Mais il faut aussi vivre le présent.
Faire vivre cette culture aujourd’hui, dans le monde tel qu’il est. Et à partir de là, pouvoir penser l’avenir. Mon engagement est venu comme ça.
Pas contre quelque chose, mais pour transmettre, faire en sorte que ce lien ne se perde pas. Et aussi avec cette envie de faire voyager la Bretagne. De la faire connaître ailleurs. De montrer qu’elle est vivante, qu’elle a quelque chose à dire au monde. Pas comme une identité fermée, mais comme une culture ouverte, capable de dialoguer, de partager.
Et tout cela, c’est aussi une manière d’honorer mes grands-parents, mes ancêtres et toutes les personnes que j’ai rencontrées en chemin.
Parce qu’au fond, ils m’ont appris une chose simple : On ne parle pas seulement une langue. On porte un monde.
Et tant qu’on connaît notre passé, qu’on vit notre présent, qu’on construit l’avenir et qu’on ose le partager avec les autres alors la Bretagne continue d’exister.
Selon toi, quel est aujourd’hui le principal blocage qui empêche la Bretagne de décider réellement pour elle-même ?
Je pense que le principal blocage aujourd’hui n’est pas seulement politique. Il est plus profond que ça. Il touche à notre manière de penser. La France s’est construite sur une idée d’unité très forte, parfois au détriment de la diversité.
Pendant longtemps, on a vu les cultures locales comme quelque chose à faire rentrer dans un cadre commun, plutôt que comme une richesse à valoriser.
Et dans ce contexte, la Bretagne, comme d’autres territoires, a souvent été mise en retrait. Mais il faut aussi être concret.
On est dans un système très centralisé, où beaucoup de décisions se prennent encore à Paris, même sur des sujets très concrets qui concernent la vie quotidienne en Bretagne. Et ça crée un problème simple : des élus locaux sont choisis par les citoyens, avec un projet, mais ils n’ont pas toujours les moyens de le mettre en œuvre. Il y a un vrai décalage entre la responsabilité… et le pouvoir.
Aujourd’hui, par exemple, les collectivités ont très peu d’autonomie fiscale. Elles dépendent largement des décisions prises au niveau national.
Donc on demande à des élus d’agir… sans leur donner réellement les leviers.
Même chose pour les règles : il est très difficile d’adapter les politiques aux réalités locales. Que ce soit pour les transports, l’agriculture ou le logement, il faut passer par la loi nationale. Alors qu’on pourrait décider ici, au plus près du terrain, de manière plus efficace. Mais au-delà des institutions, il y a aussi quelque chose de plus intérieur.
Pendant longtemps, on a intégré l’idée que les décisions venaient d’en haut. Que la légitimité était ailleurs. Et ça freine encore aujourd’hui la prise d’initiative.
Il y a aussi une confusion dans le débat.

On mélange souvent autonomie et indépendance.
Alors que l’autonomie, ce n’est pas sortir de la France. C’est simplement mieux organiser le pays, en donnant plus de responsabilités aux territoires.
Et c’est ce que font la plupart des pays européens.
Il y a aussi une difficulté française à reconnaître pleinement la diversité des territoires et des identités.
Pour ma part, je me sens à la fois profondément breton, inscrit dans une réalité française, et ouvert sur l’Europe et le monde.
Ces appartenances ne s’opposent pas, elles se complètent. Et reconnaître ça renforcerait l’ensemble. Mais il faut aussi être lucide sur nous-mêmes.
Aujourd’hui, il y a deux attitudes.
Il y a ceux qui constatent, qui critiquent, qui se plaignent…mais qui ne proposent pas forcément de solutions.
Et puis il y a ceux qui s’engagent. Qui agissent concrètement, sur le terrain. Qui font vivre la culture, qui créent, qui proposent, qui construisent.
Et c’est là que les choses avancent. Parce que le changement ne viendra pas uniquement d’en haut. Il viendra aussi de cette énergie locale.
Donc au fond, le blocage est multiple : il est institutionnel, culturel… mais aussi mental.
C’est une question de confiance, de légitimité.
Parce que décider pour soi-même, ce n’est pas seulement une question de pouvoir. C’est aussi une question d’état d’esprit.
Et je pense qu’on arrive aujourd’hui à un moment charnière. Les mentalités évoluent. La société est prête et les exemples existent ailleurs.
La vraie question n’est plus : « Est-ce qu’on peut ? »
Mais : « Est-ce qu’on ose ? »
Quand tu regardes l’initiative Yes Breizh, qu’est-ce qui te paraît différent ou utile par rapport à ce qui existe déjà en Bretagne ?
Ce qui me paraît différent avec Yes Breizh, c’est d’abord la manière d’aborder les choses.
On sort d’un débat qui, pendant longtemps, a été un peu figé entre autonomie et indépendance. Deux mots qui, au fond, ont parfois empêché de parler du concret.
Là, avec la dévolution, on parle de processus, d’étapes et de réalité.
On ne demande pas aux gens de choisir un modèle abstrait.
On leur propose de réfléchir à une question simple : qu’est-ce que nous voulons décider nous-mêmes, ici, en Bretagne ?
Et ça change beaucoup de choses.
Ce que je trouve aussi important, c’est que ce n’est pas un parti. C’est un mouvement.
Ça veut dire que ça s’adresse à tout le monde. Pas seulement à des personnes déjà convaincues, mais aussi à celles et ceux qui se posent des questions, qui doutent, qui cherchent à comprendre.
Il y a une volonté d’expliquer, de prendre le temps, de rendre ces sujets accessibles.
Et ça, c’est essentiel.
Parce qu’au fond, ce sont des questions qui concernent la vie quotidienne : la santé, l’agriculture, le logement, la culture. Ce n’est pas de la théorie.
Et puis il y a quelque chose que je trouve juste dans cette démarche : on ne force pas les choses. On ne dit pas aux gens où il faut aller.
On dit : avançons, étape par étape, et décidons ensemble.

C’est une approche démocratique.
Enfin, ce qui me parle, c’est que Yes Breizh remet les citoyens au centre.
On ne parle pas à leur place. On ne décide pas pour eux. On leur redonne une place dans le débat.
Et aujourd’hui, je pense que c’est ça qui manque le plus : retrouver de la confiance collective.
Au fond, Yes Breizh n’apporte peut-être pas une réponse toute faite. Mais il ouvre un espace pour réfléchir, pour débattre, pour construire.
Et dans le contexte actuel, cet espace-là… il est nécessaire.
Si la Bretagne disposait de plus de responsabilités et de leviers de décision, qu’est-ce que cela changerait concrètement pour la vie quotidienne des Bretons ?
Je pense que ça changerait beaucoup de choses… mais surtout de manière très concrète.
On parle souvent d’institutions, de compétences, de pouvoirs…mais au fond, ce qui compte, c’est la vie quotidienne.
Si la Bretagne avait plus de leviers, on pourrait d’abord décider plus vite.
Et surtout décider mieux, parce que les décisions seraient prises ici, en fonction des réalités du terrain.
Prenons la santé.
Aujourd’hui, les décisions sont souvent pensées à l’échelle nationale, avec une logique globale. Mais les besoins ne sont pas les mêmes partout.
Ici, on pourrait organiser les hôpitaux différemment, anticiper les déserts médicaux, adapter les politiques de prévention.

Même chose pour le logement.
On connaît les tensions, notamment sur le littoral.
Avec plus de pouvoir, on pourrait mieux réguler, protéger l’accès au logement pour les habitants.
Sur les transports aussi, il y a beaucoup à faire. Mieux relier les territoires, développer le ferroviaire, adapter les solutions aux usages réels.
En agriculture, c’est essentiel. On pourrait travailler directement avec les agriculteurs pour construire un modèle à la fois productif et plus respectueux de l’environnement, en partant du terrain.
Mais pour moi, il y a un point central : la culture, l’histoire et les langues.
Aujourd’hui, tout cela existe, mais reste souvent fragile. Avec plus de responsabilités, on pourrait réellement leur donner une place.
Développer l’enseignement du breton et du gallo. Les faire vivre dans la société, pas seulement dans des cadres limités.
Mieux transmettre l’histoire de la Bretagne aussi.
Pas pour opposer, mais pour comprendre.
Parce que savoir d’où l’on vient, ça donne du sens.
Et au-delà de tout ça, il y a quelque chose de plus profond.
Aujourd’hui, beaucoup de gens ont le sentiment que les décisions se prennent ailleurs. Que ça ne dépend pas vraiment d’eux.
Si les choses se décident ici, ça change le rapport à la politique. Ça recrée du lien. Ça redonne de la responsabilité.
Parce que décider localement, ça veut dire assumer ses choix. On ne peut plus se défausser.
Au fond, ce que ça changerait, ce n’est pas seulement des politiques publiques. C’est une manière de vivre ensemble.
Plus proche. Plus concrète. Et sans doute plus juste.

À celles et ceux qui hésitent encore à s’intéresser à l’avenir collectif de la Bretagne, qu’aurais-tu envie de dire ?
Je leur dirais d’abord qu’il n’y a pas besoin d’être spécialiste, ni déjà engagé, pour s’y intéresser.
S’intéresser à l’avenir de la Bretagne, ce n’est pas entrer dans quelque chose de compliqué ou de fermé.
C’est simplement commencer à se poser des questions sur ce qui nous entoure.
Comment on vit ici ?
Qu’est-ce qu’on veut garder ?
Qu’est-ce qu’on veut transmettre ?
Parce qu’au fond, il s’agit de ça. Pas d’adhérer à une idée toute faite, mais de prendre part.
La question est simple : est-ce qu’on veut rester spectateur… ou devenir acteur ?
Acteur, chacun à sa manière.
En s’informant, en échangeant, en s’intéressant à ce qui fait notre quotidien.
Mais aussi en écoutant. Écouter une langue, une musique, une histoire.
Parce que la Bretagne, ce n’est pas seulement un territoire. C’est une sensibilité, une mémoire, une manière d’être au monde.
Et cette part-là, si on ne la fait pas vivre, si on ne la transmet pas, elle s’efface peu à peu.
Pour moi, être militant, ce n’est pas s’opposer. C’est aimer suffisamment pour transmettre.
Transmettre aux générations futures une Bretagne vivante.
Une Bretagne qui continue de créer, de parler, de chanter.
Mais aussi une Bretagne ouverte.
Parce qu’être enraciné ici, ça n’empêche pas d’être tourné vers ailleurs.
Au contraire.
Une culture forte est une culture qui dialogue, qui partage, qui rencontre les autres.
Alors je leur dirais simplement : commencez par écouter.
Et peut-être qu’à travers cela, viendra l’envie de comprendre, puis de s’engager, chacun à sa manière.
Parce qu’au fond, l’avenir de la Bretagne, il ne dépend pas d’un discours. Il dépend de celles et ceux qui choisissent, un jour, d’y prendre part.
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À travers cet entretien, Pêr Vari Kervarec apporte un éclairage personnel sur l’avenir de la Bretagne et la transmission de sa culture.
Yes Breizh remercie chaleureusement Pêr Vari Kervarec pour le temps accordé et la qualité de ses réponses.
Retrouvez les autres interviews de notre série Voix de Bretagne sur Yes Breizh:
– Yvan Moullec, Maire de Plouhinec, Finistère.
– Samuel Le Port, CEO messagerie Treebal
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