Cet article appartient à un dossier en quatre volets consacré à la dévolution de pouvoirs et de responsabilités de l’État central à la Bretagne.
À partir du précédent ouvert par la Corse, Yes Breizh analyse les enjeux d’une évolution institutionnelle, ses conséquences concrètes et les objections qu’elle peut susciter.
Volet 4/4
Une Bretagne autonome affaiblirait-elle la France ?
Chaque fois qu’un débat sur l’autonomie s’ouvre en France, les mêmes interrogations reviennent.
L’autonomie conduirait-elle au séparatisme ?
Remettrait-elle en cause l’égalité entre les citoyens ?
Encouragerait-elle une forme de communautarisme ?
Enfin, la France sortirait-elle affaiblie d’une telle évolution ?
Yes Breizh considère ces questions comme légitimes. Elles ne doivent donc pas être évitées ou balayées d’un revers de main. Au contraire, elles appellent des réponses précises, fondées sur les faits et les expériences européennes.
Autonomie et indépendance ne signifient pas la même chose
La première confusion consiste à assimiler l’autonomie à l’indépendance. Or ces deux notions relèvent de logiques profondément différentes.
L’indépendance suppose la création d’un nouvel État souverain.
Celui-ci exerce alors l’ensemble des compétences régaliennes : la défense, la diplomatie, la justice, la nationalité, la monnaie et les relations internationales.
L’autonomie consiste, au contraire, à transférer certaines compétences à une institution démocratiquement élue. Cette dévolution s’effectue tout en maintenant l’appartenance à un même État.
Ainsi, l’Écosse et le Pays de Galles disposent de Parlements et de gouvernements propres. Ils continuent néanmoins d’appartenir au Royaume Uni. De même, les Länder allemands et les cantons suisses possèdent d’importantes compétences sans constituer des États indépendants.
Le projet défendu par Yes Breizh est explicite sur ce point.
Les compétences régaliennes continueraient d’être exercées par l’État. Les garanties constitutionnelles demeureraient applicables et le contrôle du Conseil d’État comme celui du Conseil constitutionnel serait maintenu.
De plus, les adaptations législatives seraient encadrées par une loi organique. Il ne s’agirait donc ni de créer un ordre juridique indépendant ni d’effacer toute présence de l’État en Bretagne.
La dévolution permettrait simplement à une Assemblée de Bretagne d’exercer des responsabilités dans les domaines où l’échelon breton serait plus pertinent.
L’égalité n’impose pas l’uniformité
Une deuxième objection concerne l’égalité entre les citoyens.
Selon une conception longtemps dominante en France, l’égalité supposerait que les mêmes règles soient appliquées partout. Cette vision a pu contribuer à la construction de l’État français au XIXᵉ siècle. Cependant, elle n’est plus adaptée à la diversité des situations contemporaines.
D’ailleurs, la France reconnaît déjà d’importantes différences institutionnelles et juridiques.
Les collectivités d’outre-mer disposent de statuts particuliers. L’Alsace et la Moselle bénéficient d’un droit local dans plusieurs domaines. La Corse possède déjà une organisation spécifique. De plus, les collectivités françaises n’exercent pas toutes les mêmes compétences selon leur nature.
La Constitution prévoit également des possibilités d’expérimentation. Par conséquent, le principe d’une différenciation existe déjà dans le droit français.
L’égalité républicaine ne signifie donc plus nécessairement une uniformité absolue. Elle consiste avant tout à garantir les mêmes droits fondamentaux. Ensuite, des règles différentes peuvent répondre à des situations différentes lorsque celles-ci sont objectivement justifiées.
Appliquer partout une mesure identique ne produit pas automatiquement un résultat équitable. Une commune littorale soumise à une très forte pression immobilière ne connaît pas les mêmes difficultés qu’une commune confrontée à la vacance des logements. Pourtant, elles restent souvent soumises à un cadre national comparable.
De la même manière, les politiques concernant la pêche, les langues historiques ou les énergies marines n’occupent pas la même place en Bretagne que dans toutes les autres régions françaises.
Adapter les réponses ne revient donc pas à rompre l’égalité. Cela peut, au contraire, permettre de la rendre plus réelle.
C’est précisément ce qu’illustre le projet concernant l’autonomie de la Corse.
Reconnaître la Bretagne n’est pas instaurer le communautarisme
La troisième critique renvoie au risque de communautarisme, mis en avant par plusieurs constitutionnalistes.
Lors des débats parlementaires, les expressions « communauté historique » et « lien singulier à sa terre » ont suscité de nombreuses discussions. Certains y ont vu la reconnaissance implicite d’un peuple distinct du peuple français.
D’autres ont rappelé qu’il s’agissait simplement de reconnaître une réalité historique, culturelle et géographique. Une telle reconnaissance ne crée pas une nouvelle catégorie juridique de citoyens.
Yes Breizh considère cette distinction comme fondamentale.
Reconnaître l’existence d’une histoire, d’une culture ou de langues propres ne revient pas à accorder des droits différents selon l’origine des habitants. Cela ne suppose aucun critère ethnique, familial ou religieux.
La Bretagne contemporaine est une société ouverte, diverse et accueillante.
Être Breton ne dépend pas d’une généalogie particulière.
Cela ne nécessite pas davantage d’être né en Bretagne ou de parler déjà l’une de ses langues historiques.
Être Breton, c’est participer à une communauté civique.
C’est vivre dans ce pays, contribuer à son avenir et pouvoir adopter sa culture. C’est également partager des institutions démocratiques et prendre part à la construction d’un projet commun.
L’autonomie de la Bretagne concernerait donc toutes les personnes qui y vivent, quelles que soient leurs origines. Les mêmes droits et les mêmes devoirs s’appliqueraient à tous.
Ainsi, la reconnaissance politique de la Bretagne ne créerait pas une communauté fermée. Elle donnerait une expression démocratique à une communauté déjà vivante, ouverte à toutes celles et tous ceux qui souhaitent y participer.

La dévolution coûterait-elle plus cher ?
Une autre interrogation concerne le coût d’une telle évolution.
Créer une Assemblée de Bretagne, transférer des compétences et adapter l’organisation administrative demanderait évidemment un effort institutionnel. Il serait donc irresponsable de prétendre que la dévolution ne représenterait aucun coût.
Cependant, la véritable question est plus large : combien coûte aujourd’hui la complexité administrative française ?
Combien d’années sont perdues dans des procédures impliquant plusieurs niveaux de décision ?
Combien de projets restent bloqués faute de compétences clairement identifiées ?
Combien de dépenses résultent de la multiplication des structures, des agences et des dispositifs ?
Les élus locaux expliquent régulièrement qu’ils ne disposent pas des moyens nécessaires pour répondre aux attentes de leurs administrés. Dans le même temps, les citoyens peinent souvent à identifier l’institution réellement responsable d’une décision.
La simplification institutionnelle peut donc constituer un investissement plutôt qu’une dépense supplémentaire.
Le projet élaboré par Yes Breizh ne consiste pas à ajouter une nouvelle couche au millefeuille administratif. Il propose de remplacer l’organisation actuelle par une Assemblée de Bretagne dotée de responsabilités clairement identifiées.
La dévolution devrait ainsi s’accompagner d’une clarification des compétences. Chaque mission transférée devrait correspondre à un financement adapté, à une responsabilité politique identifiable et à une évaluation régulière des résultats.
Dès lors, les Bretonnes et les Bretons pourraient juger leurs élus sur des décisions prises en Bretagne. Ils sauraient également à qui demander des comptes.

Une France plus forte grâce à une Bretagne plus forte
Au-delà des aspects techniques, c’est une certaine conception de la démocratie qui est en jeu.
Pendant longtemps, la République française s’est construite autour d’un État puissant. Celui-ci devait assurer l’unité nationale, l’égalité devant la loi et la cohésion du pays. Les méthodes utilisées furent parfois brutales, notamment envers les langues et les cultures historiques.
Aujourd’hui, plusieurs défis justifient pleinement l’existence d’un État capable d’exercer ses fonctions régaliennes. La défense, la sécurité, la justice, la diplomatie et les grands équilibres économiques doivent rester au cœur de ses responsabilités.
Le contexte international tendu rend même ces missions plus importantes.
Cependant, l’efficacité exige également une meilleure répartition des responsabilités. Un État central qui cherche à tout réglementer finit par disperser ses moyens et par intervenir dans des domaines qu’une institution plus proche pourrait mieux administrer.
La France du XXIᵉ siècle doit donc trouver un nouvel équilibre. La dévolution peut constituer l’un des instruments de cette transformation.
Elle ne retire pas à l’État les moyens d’exercer ses missions essentielles. Au contraire, elle lui permettrait de s’y consacrer pleinement. Dans le même temps, la Bretagne assumerait directement des politiques aujourd’hui pilotées depuis Paris.
Cette organisation reposerait sur une exigence renforcée de responsabilité démocratique. Davantage de pouvoirs impliqueraient davantage de comptes à rendre.
Dans cette perspective, la proposition formulée par Yes Breizh dépasse le seul cas breton. Elle soulève une question qui concerne toute la France : comment organiser une République suffisamment unie pour relever les grands défis communs, mais assez souple pour permettre à chacune de ses parties de développer son potentiel ?
La réponse ne pourra émerger que d’un débat démocratique.
Ouvrir le débat sur l’autonomie de la Bretagne
Le projet constitutionnel inspiré du précédent corse ne doit pas être présenté comme un texte définitivement achevé.
Il constitue une contribution.
Il représente une invitation à réfléchir collectivement à l’avenir institutionnel de la Bretagne.
Enfin, il forme une proposition ouverte au dialogue avec les élus, les universitaires, les acteurs économiques, les syndicats, les associations et l’ensemble des Bretonnes et des Bretons.
Le véritable enjeu n’est peut-être pas de savoir si la Bretagne doit obtenir une autonomie strictement comparable à celle envisagée pour la Corse. Chaque projet doit répondre à une histoire et à des besoins particuliers.
La question fondamentale est plus simple : dans une Europe où de nombreuses nations et régions disposent déjà de responsabilités importantes, la France peut-elle continuer à penser que l’efficacité publique exige une concentration toujours plus forte des décisions à Paris ?
Ou bien est-il temps d’ouvrir une nouvelle étape de son histoire institutionnelle, fondée sur la confiance, la subsidiarité et la responsabilité ?
Les parlementaires bretons doivent désormais répondre
Le débat engagé pour la Corse invite désormais chaque Bretonne et chaque Breton à se prononcer. Toutefois, il oblige surtout les responsables politiques à sortir de l’ambiguïté.
Yes Breizh attend des élus actuels, mais aussi des candidates et des candidats aux prochaines élections, qu’ils abordent ce sujet sérieusement. Il ne suffira plus d’évoquer ponctuellement la décentralisation, le droit à la différenciation ou la reconnaissance de la Bretagne.
Chacune et chacun devra préciser les pouvoirs qu’il souhaite réellement confier à une Assemblée de Bretagne.
Une première étape consistera donc à adresser aux parlementaires bretons le projet constitutionnel pour la Corse adapté à la Bretagne. Yes Breizh leur demandera clairement s’ils auraient voté ce texte.
Leurs réponses seront importantes. Leur absence de réponse le sera tout autant.
Par la suite, Yes Breizh pourra accompagner et mettre en valeur les élus prêts à s’engager concrètement en faveur de la dévolution. Le mouvement soutiendra celles et ceux qui accepteront de dépasser les déclarations d’intention pour défendre des propositions précises.
Car l’autonomie de la Bretagne ne se construira ni par les slogans ni par les promesses. Elle progressera grâce à un projet crédible, à une mobilisation démocratique et à des engagements politiques vérifiables.
Le vote corse a entrouvert une porte.
Il appartient désormais aux Bretonnes et aux Bretons de décider s’ils souhaitent la franchir.
Volet 1 : autonomie de la Bretagne
Volet 2 : dévolution des pouvoirs en Bretagne
Volet 3 : conséquences de la dévolution en Bretagne
Volet 4 : objections à l’autonomie de la Bretagne
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