Dossier thématique 9/19
LE LOGEMENT EN BRETAGNE
Ce texte fait partie des dossiers thématiques de l’édition 2 du Levrig de Yes Breizh.
Permettre de vivre, travailler et vieillir au pays
Levrig 2027
Trajectoire 2027 – 2032
NB : « Par souci de fluidité et de concision, le masculin est utilisé dans ce texte pour englober l'ensemble des genres ».
Résumé exécutif
La Bretagne ne manque pas uniformément de logements. Elle souffre surtout d'un désajustement entre les logements disponibles, leurs usages, leur localisation, leur taille et les besoins réels de la population. Sur le littoral et dans les principaux bassins d'emploi, cette crise prend la forme d'une concurrence entre résidences permanentes, résidences secondaires, locations touristiques et investissements patrimoniaux. Dans d'autres parties de Bretagne, elle se manifeste par la vacance, la vétusté, l'éloignement des services ou l'inadaptation des logements au vieillissement.
Cette situation a des conséquences bien au-delà de l'immobilier. Elle empêche des jeunes de rester ou de revenir en Bretagne, freine les recrutements, éloigne les salariés de leur lieu de travail, fragilise les écoles et les commerces, accélère le vieillissement de certaines communes et augmente les déplacements contraints. Elle nourrit aussi un sentiment de dépossession lorsque celles et ceux qui vivent et travaillent sur un territoire ne peuvent plus s'y loger.
Yes Breizh propose de reconnaître le logement comme une infrastructure fondamentale de la vie collective, au même titre que les transports, la santé ou l'éducation. Le principe directeur est le suivant : l'attractivité de la Bretagne ne peut être durable que si elle permet d'abord une vie digne et agréable à l'année.
Une politique bretonne du logement doit poursuivre cinq objectifs :
- garantir un logement digne et abordable à chaque étape de la vie ;
- maintenir une population permanente dans les zones géographiques tendues ;
- rapprocher logement, emploi, services et mobilités ;
- utiliser le parc existant avant d'artificialiser de nouveaux sols ;
- adapter l'habitat au vieillissement et aux risques climatiques.
Repères chiffrés à retenir
| Indicateur | Valeur | Périmètre et source |
|---|---|---|
| Population résidant dans la bande littorale | 36 % | Bretagne administrative, CESER 2025 |
| Part de la Bretagne correspondant à cette bande | 18 % | Bretagne administrative, CESER 2025 |
| Résidences secondaires et logements occasionnels | 13,1 % du parc | Bretagne administrative, Insee 2023 |
| Logements vacants | 6,6 % du parc | Bretagne administrative, Insee 2023 |
| Production 2024 rapportée au besoin annuel | moins de 20 000 pour 25 000 à 26 000 nécessaires | Bretagne administrative, CESER 2025 |
| Sous occupation très accentuée | 36 % des résidences principales | Bretagne administrative, Insee 2022 |
| Résidences secondaires à Saint-Gildas-de-Rhuys | 74 % du parc | Commune, Insee 2022 cité par Le Monde |
Pour y parvenir, Yes Breizh propose une dévolution cohérente des compétences relatives au logement, au foncier, à l'urbanisme, à la régulation des meublés touristiques et à une partie de la fiscalité immobilière. Cette dévolution ne consisterait pas à remplacer une centralisation parisienne par une centralisation rennaise ou nantaise. Les orientations, les financements et les garanties communes seraient définis à l'échelle de la Bretagne à cinq Départements ; leur mise en œuvre serait organisée par bassins de vie, avec les communes, intercommunalités, pays, bailleurs, entreprises, associations et habitants.
1. Le logement est devenu une question structurante
Yes Breizh considère que se loger conditionne presque tout le reste : suivre une formation, accepter un emploi, fonder une famille, prendre soin d'un proche, vivre avec un handicap ou vieillir dans de bonnes conditions. Lorsque le logement absorbe une part excessive du revenu ou impose de longs déplacements, il réduit le pouvoir d'achat disponible et dégrade la qualité de vie.
La crise actuelle n'affecte plus seulement les ménages les plus modestes. Des jeunes actifs, des familles, des travailleurs indépendants, des salariés en période d'essai et une partie croissante des classes moyennes se trouvent trop aisés pour accéder à certaines aides, mais pas assez pour louer ou acheter dans les zones tendues. Les critères des assurances contre les loyers impayés, souvent centrés sur le CDI et un revenu équivalent à trois fois le loyer, correspondent de moins en moins à la diversité contemporaine des parcours professionnels.
Le logement est également devenu un sujet économique. Une étude citée dans les documents préparatoires de Yes Breizh indique que près de 60 % des dirigeants bretons interrogés considèrent l'accès au logement comme un obstacle majeur au recrutement ; cette difficulté atteindrait 88 % dans l'hébergement-restauration. Ces résultats devront être consolidés par un observatoire permanent, mais le phénomène est déjà visible : une entreprise ne peut recruter durablement si ses salariés ne peuvent habiter à une distance raisonnable.
Enfin, selon Yes Breizh, le logement touche à la continuité humaine de la Bretagne. Le « droit de vivre au pays » ne doit pas être compris comme une préférence fondée sur l'origine. Il désigne le droit concret, pour toute personne qui habite, travaille, étudie ou construit sa vie en Bretagne, de pouvoir y trouver une place. La politique proposée est inclusive : elle protège l'usage permanent du logement, non une identité administrative ou ethnique de l'occupant.
2. Un pays attractif, mais profondément déséquilibré
2.1. Le paradoxe du littoral : beaucoup de logements, trop peu de vie à l'année
Yes Breizh a remarqué que le CESER de Bretagne résume bien le paradoxe littoral en une formule : il existe des logements, mais une partie d'entre eux n'est pas occupée à l'année ; il existe des besoins, mais l'offre ne leur correspond pas.
Ainsi, dans la région administrative de Bretagne, 36 % de la population vit dans une bande littorale représentant environ 18 % du la Bretagne-4. La concentration de l'attractivité, combinée aux risques côtiers et à la sobriété foncière, y rend chaque arbitrage plus difficile.
Par ailleurs, selon l'Insee, dans la Bretagne administrative, les résidences secondaires et logements occasionnels représentaient 13,1 % du parc en 2023 et les logements vacants 6,6 %. Ces moyennes masquent des situations extrêmes : dans certaines communes littorales ou insulaires, les résidences secondaires et touristiques peuvent constituer la moitié du parc, voire davantage. À Saint-Gildas-de-Rhuys, par exemple, 74 % des logements étaient des résidences secondaires en 2022.
Le sujet n'est pas de condamner toute résidence secondaire. Elles participent à l'entretien du patrimoine, à l'économie locale et parfois à un retour progressif vers une résidence permanente. Le déséquilibre apparaît lorsque leur concentration, ajoutée aux meublés touristiques, raréfie durablement l'offre pour les habitants à l'année, ferme les volets une grande partie de l'hiver et désorganise les services locaux.
L'exemple de Saint-Gildas-de-Rhuys montre aussi les limites d'une réponse seulement quantitative. La commune a construit des logements accessibles sur du foncier communal et rouvert une crèche. Pourtant, selon une recherche citée par Le Monde, 15 % des logements construits en quinze ans dans la région administrative l'ont été sur la frange littorale, pour une hausse de population limitée à 3 % dans cette même frange. Construire est nécessaire, mais ne garantit pas que le logement produit devienne une résidence principale.
2.2. Une pression qui s'étend aux bassins d'emploi et aux métropoles
Pour Yes Breizh, la crise ne se limite pas aux communes touristiques. Rennes, Nantes, Brest, Vannes, Lorient, Saint-Malo, Saint-Nazaire et plusieurs villes moyennes connaissent des tensions spécifiques. La Loire-Atlantique associe une forte croissance démographique et économique à un besoin élevé de logements, une faible vacance et une forte sollicitation du parc social.
À Brest Métropole, malgré une production soutenue et une politique de renouvellement urbain, un document fourni à Yes Breizh recense 7 800 demandes de logement social insatisfaites et un taux de vacance d'environ 6 %. La demande progresse notamment pour les petits logements, alors que le parc existant reste souvent composé de logements familiaux plus grands.
Ces tensions révèlent un problème d'échelle. Les frontières communales décrivent mal les bassins réels de logement et d'emploi. Un ménage peut travailler dans une commune, se loger dans une autre, utiliser les services d'une troisième et dépendre d'un réseau de transport organisé ailleurs. La politique du logement doit donc être conçue à l'échelle des bassins de vie, tout en maintenant une responsabilité démocratique claire.
2.3. Centre-Bretagne, bourgs et zones rurales : une autre crise
Dans plusieurs parties de la Bretagne intérieure, il est apparu à Yes Breizh que le problème n'est pas d'abord l'envolée des prix, mais l'inadaptation ou la dégradation du parc, la vacance de longue durée, l'éloignement des emplois et des services, ou le coût des travaux. Ainsi, une maison peu chère à l'achat peut devenir inaccessible si elle exige une rénovation lourde, deux véhicules et d'importantes dépenses énergétiques.
Une politique bretonne ne peut donc appliquer un modèle unique. Elle doit simultanément modérer la pression dans les zones littorales et métropolitaines, et rendre à nouveau attractifs les centres-bourgs et les petites villes bien reliées aux emplois et aux services. Le logement doit devenir un instrument d'équilibre territorial, non un accélérateur de concentration.
3. Une crise d'usage autant qu'une crise de quantité
3.1. Produire en fonction des besoins réels
En 2024, selon le CESER, moins de 20 000 logements auraient été produits dans la Bretagne administrative, pour un besoin estimé entre 25 000 et 26 000 par an. Cet ordre de grandeur montre un déficit de production, mais il ne suffit pas à définir une politique. Il faut préciser où construire, pour quels ménages, à quel prix, sous quel statut et avec quelle garantie d'usage permanent.
Yes Breizh propose donc de substituer à l'objectif abstrait du nombre de logements une programmation fondée sur six catégories de besoins : logement social très accessible ; logement social et intermédiaire ; location privée abordable ; accession aidée ; logement des étudiants, saisonniers et jeunes actifs ; habitat adapté au vieillissement ou au handicap.
La programmation pour la Bretagne à cinq Départements devra être établie après un diagnostic commun intégrant la Loire-Atlantique. Les chiffres disponibles aujourd'hui proviennent trop souvent de périmètres différents. Le premier acte d'une politique sérieuse sera donc de produire une connaissance homogène à l'échelle nationale bretonne.
3.2. Mobiliser le parc existant
La construction neuve est indispensable dans certains bassins, mais le parc existant constitue la première ressource. La Cour des comptes souligne qu'une diminution de la vacance peut répondre à une partie des besoins sans construction supplémentaire. Les causes de la vacance doivent toutefois être distinguées : succession bloquée, logement dégradé, coût des travaux, rétention spéculative, inadéquation de taille ou simple rotation entre deux occupants.
La Bretagne présente une autre singularité : en 2022, 36 % des ménages de la région administrative vivaient dans un logement comptant au moins trois pièces de plus que leur besoin théorique, soit la proportion la plus élevée des « régions » françaises. Cette sous-occupation concerne souvent des maisons habitées depuis longtemps par des propriétaires âgés après le départ des enfants. Elle ne justifie aucune contrainte sur les occupants. Elle révèle en revanche la nécessité de proposer des alternatives désirables : logements plus petits, accessibles, proches des services et permettant de rester dans la même commune ou le même quartier.
Pour Yes Breizh, une chaîne résidentielle plus fluide libérerait des maisons familiales tout en améliorant la vie des personnes âgées. Elle suppose des offres intermédiaires, un accompagnement au déménagement, des services de proximité et la garantie que changer de logement ne signifie pas perdre ses liens sociaux.
3.3. Rénover sans exclure
La rénovation énergétique réduit les factures et protège le climat, mais elle peut retirer temporairement ou durablement des logements du marché si les travaux sont trop coûteux. Les aides doivent être stables, lisibles et proportionnées à la performance réellement obtenue. Elles doivent aussi prévenir deux effets pervers : la rénovation qui entraîne une hausse de loyer inaccessible, et l'interdiction de louer, qui transforme un logement permanent en meublé touristique ou en bien vacant.
Yes Breizh propose un Service breton de la rénovation1 réunissant diagnostic, financement, sélection d'entreprises qualifiées et contrôle des travaux. Une priorité serait accordée aux propriétaires modestes, aux copropriétés fragiles et aux logements remis en location permanente sous condition de loyer.
4. Les conséquences humaines, économiques et géographiques
4.1. Jeunes, familles et transmission
L'impossibilité de se loger retarde l'autonomie, la mise en couple et les projets familiaux. Elle pousse aussi des jeunes formés en Bretagne à partir, tandis que certaines entreprises recherchent les compétences qu'elles ne trouvent plus localement. Sur le littoral, la hausse de la population peut masquer un vieillissement rapide lorsque le solde migratoire repose principalement sur l'arrivée de retraités.
À Saint-Gildas-de-Rhuys, la population a augmenté entre 2017 et 2023 alors que le nombre de décès dépassait très largement celui des naissances ; la moitié de la population a plus de 65 ans. Ce phénomène n'est pas imputable aux personnes âgées, qui ont évidemment le droit de choisir leur lieu de vie. Il montre qu'une politique d'attractivité dépourvue de stratégie du logement peut déséquilibrer la pyramide des âges, fermer des classes et accroître les besoins de santé sans maintenir suffisamment d'actifs.
En matière de succession, Yes Breizh que la taxation des successions doit favoriser la transmission d’une génération non pas à la suivante, mais à celle d’après pour tenir compte du vieillissement de la population.
4.2. Emploi et services essentiels
Les métiers essentiels sont particulièrement exposés : soignants, aides à domicile, enseignants, agents publics, salariés de l'hôtellerie-restauration, du bâtiment, de l'agriculture, de la pêche et de l'industrie. Les travailleurs saisonniers connaissent une difficulté supplémentaire : leur emploi se situe précisément dans les zones géographiques où la location estivale est la plus rentable.
Pour Yes Breizh, le logement des salariés ne doit pas dépendre uniquement de solutions improvisées par les employeurs. Les initiatives d'entreprises peuvent compléter l'action publique, mais elles ne doivent pas recréer un lien de dépendance entre emploi et domicile. Yes Breizh propose des partenariats entre collectivités, Action Logement, bailleurs, entreprises et organismes fonciers solidaires, en essayant de séparer les droits locatifs du contrat de travail.
4.3. Pouvoir d'achat et mobilités contraintes
Le coût réel du logement comprend le loyer ou le remboursement d'emprunt, mais aussi l'énergie et les transports rendus nécessaires par l'éloignement. Une politique qui repousse les ménages à cinquante kilomètres de leur emploi ne produit pas réellement du logement abordable : elle déplace la dépense vers la voiture, le temps de trajet et les émissions.
Chaque programmation de logements devra donc être liée à une programmation de transports, de services et d'emplois. Les pôles d'échanges, gares et lignes structurantes doivent devenir des lieux privilégiés de densification qualitative, avec une part garantie de logements abordables.
5. Pourquoi la gouvernance actuelle ne suffit pas
La politique française du logement cumule des objectifs nombreux, des instruments fiscaux instables et une répartition confuse des responsabilités. L'État central conserve des leviers décisifs – fiscalité, zonages, aides à la pierre, normes – tandis que les collectivités assument une grande partie de la mise en œuvre et des conséquences locales. La Cour des comptes constate que les moyens publics consacrés au logement sont importants sans garantir une efficacité supérieure à celle de pays comparables.
Le CESER décrit, pour le littoral, une abondance de règles, mais un défaut de pilotage : loi Littoral, ZAN, plans de prévention des risques, SRADDET, SCoT, PLU intercommunaux, programmes locaux de l'habitat et multiples agences se superposent. Les petites communes ne disposent pas toujours de l'ingénierie nécessaire. Les changements fréquents de règles rendent en outre difficile une planification immobilière qui s'inscrit par nature dans le temps long.
La loi du 19 novembre 2024 a renforcé les outils locaux de régulation des meublés de tourisme : zones réservées aux résidences principales dans certaines conditions, enregistrement, exigences énergétiques, sanctions et encadrement du changement d'usage. Ces progrès confirment qu'une régulation territoriale est possible. Ils restent néanmoins dépendants de décisions nationales et de moyens locaux inégaux.
Yes Breizh considère que la Bretagne doit pouvoir fixer un cadre cohérent, stable et différencié. Une dévolution réussie clarifierait qui décide, qui finance et qui rend compte.
6. Les compétences à transmettre par la dévolution à la Bretagne
Une loi organique de dévolution devrait confier à la Bretagne, sous le contrôle du juge et dans le respect des droits fondamentaux, les compétences suivantes :
- définition de la stratégie bretonne du logement et de ses objectifs géographiques ;
- programmation et financement du logement social, très social et intermédiaire ;
- fixation des zonages d'aide et de tension immobilière ;
- encadrement des meublés touristiques et des changements d'usage ;
- création de zones de résidence principale ;
- fiscalité modulable sur les résidences secondaires, les logements durablement vacants et certaines plus-values foncières ;
- réglementation de l'urbanisme, du foncier et des organismes fonciers solidaires ;
- aides à l'accession, à la rénovation et à l'adaptation des logements ;
- planification de l'adaptation côtière et des relocalisations ;
- production et publication des données du logement.
L'État central conserverait, au moins durant la phase initiale, les garanties liées au droit de propriété, au crédit, aux contrats civils et à la solidarité générale. Les aides personnelles pourraient continuer à être servies par les organismes existants, selon des règles négociées, avant une éventuelle évolution. L'Union européenne continuerait de fixer les cadres relatifs aux aides d'État, à l'énergie, au climat et à certains financements.
Mais le principe de subsidiarité organiserait l'action : la Bretagne fixerait les droits, objectifs, financements et outils communs ; les bassins de vie élaboreraient les programmes ; les communes conserveraient une maîtrise de proximité ; les Bretonnes et les Bretons disposeraient d'informations comparables et de voies de recours.
Pour Yes Breizh, une Agence bretonne de l'habitat2 réunirait l'ingénierie aujourd'hui dispersée sans retirer pour autant leurs compétences aux collectivités ni aux bailleurs. Sa mission serait de simplifier et accélérer les opérations complexes : portage foncier, montage financier, rénovation de copropriétés, transformation d'immeubles vacants, logement rural et adaptation climatique. Elle publierait pour chaque opération ses coûts, délais et résultats d'usage.
7. Seize propositions prioritaires de Yes Breizh
Proposition 1 – Créer un Observatoire breton du logement à cinq Départements
L'Observatoire réunirait les données aujourd'hui dispersées : prix, loyers, vacance, résidences secondaires, meublés touristiques, demandes sociales, construction, rénovation, démographie, emploi, mobilité et risques climatiques. Les données seraient publiées par commune et bassin de vie, dans le respect de la vie privée. Il établirait tous les deux ans une estimation publique des besoins.
Proposition 2 – Conclure des contrats de l’habitat par bassin de vie
Chaque bassin de vie conclurait avec la Bretagne un contrat de six ans fixant les objectifs par catégorie de logement, la mobilisation du parc vacant, les transports associés, le financement, les offres bancaires et les résultats attendus. Les aides seraient conditionnées à des objectifs mesurables, mais adaptées aux réalités locales.
Proposition 3 – Garantir une part de résidences principales dans les zones tendues
Dans les communes où la vie à l'année est menacée, une part minimale des logements créés dans les opérations nouvelles serait réservée à la résidence principale. Les collectivités pourraient définir des zones de résidence principale, conformément aux garanties juridiques applicables. L'objectif porte sur l'usage du bien, jamais sur l'origine de son occupant.
Proposition 4 – Réguler les meublés touristiques selon la capacité d'accueil
Toutes les locations de courte durée seraient enregistrées. Les communes ou bassins de vie pourraient fixer des quotas, réduire la durée annuelle autorisée pour la résidence principale, soumettre les résidences secondaires à changement d'usage et imposer une compensation dans les zones les plus tendues. Le modèle de compensation – remettre sur le marché annuel une surface équivalente – serait activé là où une étude démontre sa nécessité et sa proportionnalité.
Proposition 5 – Mettre la fiscalité immobilière au service de l'habitation permanente
La Bretagne pourrait moduler la fiscalité des résidences secondaires selon la tension locale, renforcer la taxation de la vacance volontaire de longue durée et aligner plus justement la fiscalité des meublés touristiques sur celle des hébergements professionnels. Une part de la valeur foncière créée par une décision publique serait récupérée pour financer le logement abordable et les équipements.
Comme mentionné supra, en matière de succession, la Bretagne fera de telle sorte que la taxation des successions favorisela transmission d’une génération non pas à la suivante, mais à celle d’après pour tenir compte du vieillissement de la population.
Proposition 6 – Constituer une réserve foncière bretonne
Un réseau coordonné associant l'Établissement public foncier, les offices fonciers solidaires et les collectivités3 , avec le soutien des banques bretonnes, acquerrait et porterait des terrains ou immeubles stratégiques. Le bail réel solidaire, qui dissocie le bâti du foncier, serait développé pour maintenir durablement l'accessibilité du logement et éviter que l'aide publique ne soit captée par une plus-value privée à la revente.
Proposition 7 – Produire davantage de logements sociaux et abordables là où ils sont nécessaires
La programmation distinguerait le logement très social, social, intermédiaire et l'accession aidée. Les objectifs ne seraient pas seulement quantitatifs : ils intégreraient le prix de sortie, la taille, l'accessibilité, la proximité des services et la performance énergétique. Les opérations mixtes seraient privilégiées afin d'éviter la concentration de la pauvreté.
Des capitaux de long terme, notamment ceux d'investisseurs institutionnels, de banques bretonnes et de fonds de retraite qui le souhaitent, pourraient contribuer au financement du logement social et abordable. Leur intervention serait strictement encadrée : rendement plafonné et prévisible, maintien durable de l'affectation sociale, absence de vente spéculative et gouvernance conservée par des organismes d'intérêt général.
Proposition 8 – Lancer un plan « zéro vacance évitable »
Après identification des causes, les propriétaires bénéficieraient d'un accompagnement complet pour les successions, travaux et mises en location. Les aides seraient renforcées en contrepartie d'une location permanente à loyer maîtrisé. La contrainte fiscale ou la réquisition temporaire ne serait utilisée qu'en dernier recours pour les logements durablement vacants sans motif légitime dans les zones de forte pénurie.
Proposition 9 – Sécuriser l'accès locatif au-delà du seul CDI
Une garantie bretonne, articulée avec Visale4, couvrirait les jeunes actifs, indépendants, travailleurs en période d'essai, saisonniers et personnes en transition professionnelle. L'évaluation reposerait sur la capacité réelle de paiement et l'accompagnement, non sur un statut d'emploi devenu minoritaire dans certains secteurs. Des agences immobilières à vocation sociale seraient soutenues.
Proposition 10 – Organiser le parcours résidentiel du vieillissement
Des logements accessibles, plus petits et proches des services seraient produits dans chaque bassin. Un référentiel breton du logement adaptable actualiserait les exigences pour la mobilité réduite, les handicaps sensoriels et cognitifs et l'évolution des besoins avec l'âge. Un service de mobilité résidentielle accompagnerait les personnes souhaitant quitter un logement devenu trop grand ou difficile à entretenir. Aucun déménagement ne serait imposé ; l'objectif est d'offrir un choix crédible et sécurisant.
Proposition 11 – Créer un programme pour les jeunes, étudiants et travailleurs essentiels
La Bretagne mobiliserait les logements publics sous-utilisés, développerait des résidences intergénérationnelles et organiserait une offre saisonnière réversible. Dans les zones géographiques très tendues, une part des programmes abordables serait réservée temporairement à des catégories répondant à un besoin de service objectivement constaté, dans le respect du principe d'égalité. Les banques bretonnes seront mobilisées pour aider à l’accession à la propriété des jeunes salariés.
Proposition 12 – Adapter le logement au recul du trait de côte
Les risques côtiers seraient intégrés à tous les documents d'urbanisme. Un fonds breton d'adaptation financerait diagnostics, prévention, acquisitions amiables, renaturation et relocalisations. Les nouvelles constructions seraient évitées dans les secteurs qui ne seront pas durablement habitables. La solidarité bretonne empêcherait les petites communes exposées de supporter seules un risque dépassant leurs capacités.
Proposition 13 – Donner au locataire une priorité lorsque son logement est vendu
Lorsqu'un propriétaire décide de vendre un logement loué, le locataire disposerait d'un délai de priorité pour présenter une offre au prix du marché, sans obligation d'achat. Il bénéficierait d'un conseil indépendant et pourrait mobiliser une accession aidée, un organisme foncier solidaire le soutien d’une banque bretonne ou, lorsque plusieurs logements sont concernés, un projet coopératif. Ce droit serait conçu dans le respect du droit de propriété et sans bloquer durablement la vente.
Proposition 14 – Créer un fonds pour l'habitat rural, insulaire et des travailleurs essentiels
Le fonds compenserait les surcoûts de construction et de rénovation dans les îles, les communes littorales contraintes et les territoires ruraux où une opération nécessaire n'atteint pas seule l'équilibre financier. Il financerait des logements permanents de différents statuts, notamment pour les soignants, aides à domicile, enseignants, artisans et salariés saisonniers. Les droits d'occupation resteraient, autant que possible, indépendants de l'employeur.
Un volet aiderait les jeunes ménages à construire ou réhabiliter leur résidence principale dans leur zone de résidence, en privilégiant le foncier déjà urbanisé, les dents creuses et les bâtiments existants. L'aide serait assortie d'une durée minimale d'occupation et de clauses anti-spéculatives afin de ne pas subventionner une future résidence secondaire.
Proposition 15 – Prévenir le sans-abrisme avant la perte du logement
Un fonds breton de prévention interviendrait dès les premiers impayés, une menace d'expulsion, une séparation, une sortie de l'aide sociale à l'enfance, de prison ou d'hôpital. Il financerait médiation, apurement conditionné de dettes, accompagnement juridique, dépôt de garantie et solution immédiate. Aucun enfant ne devrait être durablement hébergé dans un logement temporaire dangereux ou manifestement inadapté.
Proposition 16 – Rénover les copropriétés sans laisser les ménages seuls
Les copropriétés fragiles bénéficieraient d'un diagnostic global, d'une assistance à maîtrise d'ouvrage et de solutions de financement collectif pour les structures, l'énergie, l'accessibilité et les risques climatiques. Une gouvernance plus claire permettrait d'engager les travaux indispensables tout en protégeant les propriétaires modestes contre un reste à charge insoutenable. Le service breton de la rénovation contrôlerait les coûts, la qualité et les économies réellement obtenues.
Conditions de mise en œuvre
Aucune transformation n’est généralisée sans budget, débouché, revenu et évaluation. Aucun objectif n’est imposé sans budget, calendrier, accompagnement et solution technique accessible. Aucun transfert n’intervient sans moyens. En cas d’échec, le dispositif est corrigé plutôt que maintenu pour respecter un affichage. Un code vert, orange, rouge signalera la trajectoire, mais ne remplacera jamais les chiffres et leur explication. Une hausse temporaire d’un indicateur peut correspondre à une transition ou à un meilleur recensement : chaque évolution sera interprétée avant décision.
8. Une mise en œuvre progressive jusqu'en 2032
2027-2028 : connaître, expérimenter, protéger
- créer l'Observatoire à cinq Départements ;
- harmoniser les données et définir les bassins de vie ;
- généraliser l'enregistrement des meublés touristiques ;
- lancer dix zones géographiques pilotes : littoral, métropoles, villes moyennes, îles et Centre-Bretagne ;
- accélérer les offices fonciers solidaires et la remise sur le marché des logements vacants ;
- créer l'Agence bretonne de l'habitat et cartographier les copropriétés fragiles ;
- expérimenter la prévention précoce des expulsions et sorties sans solution ;
- préparer le transfert des compétences et financements.
- 2029—2030 : déployer les outils bretons, adopter une loi bretonne de programmation du logement ;
- mettre en œuvre les contrats territoriaux de l'habitat ;
- ouvrir la garantie locative bretonne ;
- ouvrir le fonds pour l'habitat rural, insulaire et des travailleurs essentiels ;
- expérimenter le droit de priorité du locataire et les financements institutionnels encadrés ;
- moduler la fiscalité selon la tension et l'usage ;
- engager le fonds d'adaptation côtière ;
- coordonner logement et mobilités dans tous les investissements structurants.
2031-2032 : évaluer et corriger
- mesurer l'effet des dispositifs sur les prix, loyers et résidences principales ;
- corriger les effets indésirables et supprimer les aides inefficaces ;
- généraliser les expérimentations concluantes ;
- garantir un accompagnement global des copropriétés fragiles dans chaque bassin de vie ;
- soumettre au Parlement de Bretagne un bilan public et une nouvelle programmation à dix ans.
9. Les indicateurs de réussite
La politique serait évaluée au moyen d'un tableau de bord public comprenant notamment :
- délai médian d'accès au logement social ;
- taux d'effort des ménages par bassin de vie ;
- rapport entre prix du logement et revenus locaux ;
- part de résidences principales, secondaires, touristiques et vacantes ;
- nombre de logements vacants remis sur le marché ;
- production par catégorie et prix de sortie ;
- nombre de ménages bénéficiant d'un bail réel solidaire ;
- logements sociaux et abordables financés par des capitaux de long terme encadrés, avec coût et durée d'affectation ;
- distance et durée moyennes entre domicile et emploi ;
- recrutement dans les secteurs essentiels ;
- évolution de la pyramide des âges et des effectifs scolaires ;
- logements adaptés au vieillissement et au handicap ;
- logements permanents créés ou rénovés dans les territoires ruraux, insulaires et littoraux contraints ;
- locataires ayant exercé leur droit de priorité et maintien dans le logement ;
- expulsions évitées, ménages accompagnés avant rupture et sorties d'institution sans solution ;
- enfants hébergés en logement temporaire dangereux ou durablement inadapté ;
- copropriétés accompagnées, travaux réalisés, reste à charge et gain énergétique réel ;
- logements exposés aux risques côtiers et solutions mises en œuvre ;
- artificialisation consommée par logement permanent créé.
Un indicateur central devra mesurer non le nombre de mètres carrés produits, mais le nombre de personnes durablement et correctement logées.
Conclusion – Faire de l'attractivité une promesse tenable
La Bretagne est attractive, et cette attractivité est une chance. Elle devient toutefois contradictoire lorsqu'elle empêche de vivre à l'année, éloigne les actifs, ferme les écoles et transforme le logement en actif financier déconnecté de sa fonction première.
Pour Yes Breizh, la réponse ne réside ni dans l'arrêt de toute construction, ni dans un « choc d'offre » indifférencié, ni dans la désignation de boucs émissaires. Elle exige une stratégie stable combinant production ciblée, mobilisation du parc existant, régulation des usages, maîtrise foncière, soutyien des banques bretonnes, rénovation, mobilité et adaptation climatique.
La dévolution permettrait de rapprocher la décision de la réalité bretonne et de rendre enfin les responsables clairement comptables des résultats.
Elle donnerait à la Bretagne les moyens d'affirmer qu’un pays vivant se mesure d'abord à celles et ceux qui peuvent y habiter toute l'année.
Sources principales
1. CESER de Bretagne, Bretagne littorale : penser l'avenir du logement dans un espace contraint, synthèse, session du 6 octobre 2025.
2. Cour des comptes, Assurer la cohérence de la politique du logement face à ses nouveaux défis, note thématique, juillet 2023.
3. Insee, Dossier complet – Région de Bretagne, données 2023, géographie au 1er janvier 2026.
4. Insee, Un quart des ménages vivent dans un logement en sous-occupation très accentuée, Insee Première n° 2064, données 2022.
5. Insee, Des tensions sur le marché du logement, dossier Pays de la Loire n° 13, novembre 2023.
6. Loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024 visant à renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l'échelle locale.
7. ANIL, Renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme, analyse juridique actualisée.
8. Le Monde, Manon Boquen, Dans le Morbihan, les seniors compensent le manque de bébés, document transmis à Yes Breizh.
9. Documents de travail transmis à Yes Breizh : Le logement en Bretagne – Les Bretons peuvent-ils encore vivre au pays ?, Logement, Logement suite.
10. Levrig Yes Breizh, version antérieure, passages relatifs au logement, à la fiscalité, à l'aménagement et à la dévolution.
11. Scottish National Party, On Scotland's Side – Government Programme 2026, mai 2026 (logement abordable, investissement de long terme, priorité du locataire, habitat rural et insulaire, prévention du sans-abrisme, accessibilité et copropriétés).
Notes et précisions
1. Toute création d’observatoire ou agence etc. devra être liée à la disparition d’au moins une autre entité publique équivalente avec une reprise intégrale des personnels. Des ajustements pourront être opérés par la suite.
↩
2. Rappel : toute création d’observatoire ou agence etc. devra être liée à la disparition d’au moins une autre entité publique équivalente avec une reprise intégrale des personnels. Des ajustements pourront être opérés par la suite. ↩
3. Une analyse de la pertinence du maintien de ces différentes entités pourrait être diligenté par la Cour de Comptes de Bretagne (aujourd’hui cour régionale des comptes). ↩
4. La garantie Visale est une caution locative entièrement gratuite proposée par Action Logement. Elle se substitue au garant physique pour couvrir les impayés de loyers et les dégradations matérielles auprès du propriétaire. ↩
Les dossiers thématiques du Levrig 2027 de Yes Breizh
• 1. Statut, institutions, dévolution et Constitution
• 2. Finances publiques, budget et autonomie fiscale
• 2 bis. Analyse budgétaire France – Bretagne 5
• 3. Le service public en Bretagne
• 4. La santé en Bretagne
• 5. Le handicap en Bretagne
• 6. Éducation, formation et enseignement supérieur
• 7. Culture, langues et médias
• 8. Identité bretonne, transmission et cohésion
• 9. Le logement en Bretagne
• 10. Emploi, entreprises et développement économique
• 11. Économie, commerce et mobilités
• 12. Agriculture et alimentation
• 13. Mer, littoral et pêche
• 14. Énergie, climat et transition écologique
• 15. Numérique et souveraineté
• 16. Sécurité, justice et défense
• 17. Europe et international
• 18. Diaspora bretonne et rayonnement international
