Levrig 2027 – Dossier 12/19 – Agriculture et alimentation en Bretagne – Yes Breizh

Agriculture et alimentation

de Yes Breizh
YES BREIZH  •  LEVRIG édition 2 – 2027
Dossier thématique 12/19

AGRICULTURE ET ALIMENTATION
Ce texte fait partie des dossiers thématiques de l’édition 2 du Levrig de Yes Breizh.

Produire, transmettre, rémunérer et préparer l’avenir

Levrig 2027

Trajectoire 2032

NB : « Par souci de fluidité et de concision, le masculin est utilisé dans ce texte pour englober l'ensemble des genres ».

L’essentiel

L’agriculture est l’une des grandes forces de la Bretagne : elle nourrit, emploie, exporte, entretient les paysages et alimente un puissant tissu agroalimentaire. Mais cette puissance est fragilisée par le recul du nombre d’actifs, la volatilité des revenus, la pression foncière, les crises sanitaires et l’accélération du changement climatique.

Notre cap — Construire, dans les cinq Départements, une agriculture productive, rémunératrice, transmissible et résiliente, capable de protéger l’eau, les sols et le vivant sans faire porter aux agriculteurs seuls le coût de la transition.

Le choix de Yes Breizh est celui d’une transformation sans rupture brutale. Produire en respectant l’environnement reste la première mission ; le revenu en est la condition ; la protection des ressources en garantit la durée. La transition devient ainsi un contrat économique : objectifs stables, investissements accompagnés, débouchés organisés et résultats vérifiables.

Cinq transformations structurantes

TransformationDécision centraleRésultat recherché d’ici 2032
Transmettre et protégerAnticiper les départs, soutenir les nouveaux entrants et protéger le foncier stratégique.Davantage de fermes viables transmises et moins d’artificialisation.
Mieux rémunérerRendre les coûts et le partage de la valeur transparents ; organiser les débouchés publics et privés.Un revenu moins volatil et une part accrue de valeur revenant aux producteurs.
Produire autrementAdapter l’élevage, diversifier les cultures et financer les transitions avec leurs risques.Une production maintenue, plus autonome et moins dépendante des intrants importés.
Restaurer les ressourcesAgir par bassin versant sur l’eau, l’azote, les sols, le bocage et l’adaptation climatique.Des améliorations mesurées, Département par Département, sans déplacement des impacts.
Décider en Bretagne-5Unifier diagnostic, formation, investissement, alimentation et évaluation avec la Loire-Atlantique.Des politiques cohérentes, lisibles et corrigées lorsqu’elles n’atteignent pas leurs objectifs.

À l’horizon 2032, la réussite ne se mesurera pas au nombre de dispositifs créés, mais à des fermes mieux transmises, des producteurs mieux rémunérés, des terres durablement protégées, une eau et des sols restaurés et une alimentation bretonne plus accessible. La dévolution n’a de sens que si elle rapproche les décisions du terrain, coordonne les leviers aujourd’hui dispersés et permet à chacun de mesurer les résultats.

1. Une doctrine de transformation sans rupture brutale

Bien produire reste la première mission

Pour Yes Breizh, la transition agricole n’a de sens que si elle permet de produire durablement une alimentation saine et accessible. Elle ne doit ni organiser la dépendance aux importations, ni déplacer les émissions et les atteintes environnementales vers des pays moins exigeants.

La souveraineté alimentaire n’est cependant pas l’autarcie. Elle consiste à conserver des capacités de production, des semences, des compétences, des outils de transformation et des stocks stratégiques, tout en participant aux échanges européens.

Le revenu conditionne la transition

Pour Yes Breizh , une exploitation fragile ne peut supporter seule le coût d’un changement de système, une baisse transitoire de rendement ou un investissement dont la rentabilité est incertaine. Prix, partage de la valeur, assurance, aides et rémunération des services environnementaux doivent former un ensemble cohérent.

Les objectifs doivent donc être pluriannuels et débattus par filière. Les agriculteurs ne doivent pas recevoir simultanément des signaux contradictoires de la politique agricole, des distributeurs, des banques et de la commande publique.

Inciter, contractualiser et contrôler intelligemment

Selon Yes Breizh, la simplification ne signifie pas supprimer les normes sanitaires, sociales ou environnementales. Elle consiste à regrouper les demandes, stabiliser les calendriers, partager les données déjà fournies et proportionner les contrôles au risque.

Un guichet unique breton1 coordonnera les aides et démarches sans devenir une couche administrative supplémentaire. Un contrôle commun pourra remplacer plusieurs visites portant sur les mêmes éléments, mais les manquements graves resteront sanctionnés.

Chaque exploitation volontaire pourra disposer d’un plan d’action de ferme, construit avec un conseil indépendant et révisé périodiquement. Il réunira dans un même document le projet économique, la transmission, les conditions de travail, l’adaptation climatique, l’eau, les sols, la biodiversité, l’énergie et la santé animale. Ce plan servira à ordonner les investissements et les aides, sans imposer un modèle agricole unique.

2. Le diagnostic à cinq Départements

DépartementsForces et productionsVulnérabilités prioritaires
Côtes-d’ArmorÉlevages laitier, porcin et avicole, cultures, agroalimentaire et bocage.Renouvellement, qualité de l’eau, crises sanitaires, dépendance alimentaire et énergétique.
FinistèreLait, porc, volaille, légumes, horticulture, transformation et recherche.Algues vertes, littoral, foncier, énergie, maladies animales et adaptation climatique.
Ille-et-VilaineLait, viande, grandes cultures, agroalimentaire, formation et bassin rennais.Pression foncière, transmission, conditions de travail, eau et artificialisation.
Loire-AtlantiqueLait, bovins, maraîchage, viticulture, grandes cultures, marais et estuaire.Pression nantaise et littorale, eau, salinisation, foncier, aléas viticoles et accès à la main-d’œuvre.
MorbihanÉlevages, légumes, céréales, agroalimentaire et proximité littorale.Eau, chaleur, sécheresse, foncier, risques sanitaires et renouvellement.

La Loire-Atlantique, une agriculture bretonne spécifique

L’agriculture du 44 ne doit pas être décrite comme une simple extension des moyennes de la région administrative Bretagne. Le vignoble nantais, les productions maraîchères, les marais de Brière et de Grand-Lieu, l’estuaire de la Loire, le littoral et la croissance métropolitaine créent des enjeux propres tout en restant cohérents avec les autres Département bretons.

La stratégie à cinq Départements doit organiser des coopérations et développer des synergies entre les chambres d’agriculture, établissements de recherche, lycées et filières.

3. Partir des acquis et les évaluer

Le budget primitif 2026 de la région administrative Bretagne fait de l’installation-transmission, des investissements de transition et du bocage ses priorités. Il prévoit pour le programme « Agriculture, filière bois et alimentation » 18,25 millions d’euros d’autorisation de programme2, 10,5 millions d’euros d’autorisation d’engagement3, 17,2 millions de crédits d’investissement et 7,98 millions de fonctionnement.

En 2025, 479 agriculteurs ont bénéficié de la Dotation jeune agriculteur, soit 11 % de plus qu’en 2024. La dotation a été portée à 30 000 euros en fin d’année 2025 ; une aide de 8 000 euros complète le dispositif pour des porteurs de projet de plus de quarante ans. Le programme AGRI Transmission avait réalisé 250 diagnostics en onze mois et Brit Agricole avait délivré plus de 300 prêts en 2025.

Depuis décembre 2023, plus de 2 000 exploitations se sont engagées dans AGRI Invest, avec 56 millions d’euros de soutien public. En 2025, 928 contrats de transition agroécologique ont été signés, en hausse de 7,5 %. La même année, 266 exploitations biologiques ont reçu 7,1 millions d’euros d’aides à l’investissement et 135 jeunes agriculteurs bio ont été aidés à l’installation.

Ces résultats ne concernent que les quatre Départements de la Bretagne administrative.

La première tâche est d’y adjoindre des données comparables de Loire-Atlantique, puis d’évaluer la pérennité des installations, l’effet sur le revenu, les pratiques, la charge de travail et l’environnement.

Yes Breizh considère que ces politiques doivent en amont associer les acteurs de la filière et, une fois mises en œuvre, permettre une évaluation de leur pertinence afin éventuellement de les améliorer.

4. Installation, transmission et foncier

Anticiper chaque départ cinq ans à l’avance

Une exploitation ne se transmet pas dans les derniers mois. Un repérage confidentiel des cédants potentiels proposera un diagnostic économique, foncier, climatique et humain, puis plusieurs scénarios : transmission familiale, installation d’un tiers, association, portage temporaire ou réorientation.

Les dispositifs AGRI Transmission, AGRI Install, AGRI Foncier et Brit Agricole devront après évaluation par la / les filière(s) pouvoir être étendus à la Bretagne réunifiée. L’accompagnement continuera au moins trois ans après l’installation afin de détecter précocement difficultés économiques et surcharge de travail.

Donner la priorité au projet viable plutôt qu’à l’agrandissement automatique

Les réserves foncières et conventions avec les SAFER4 doivent favoriser l’installation, la restructuration parcellaire utile, l’agroécologie et l’accès aux bâtiments. Les décisions seront motivées et leurs critères publiés.

Pour Yes Breizh, un observatoire de Bretagne dédié, doit pouvoir couvrir les cinq Départements5, suivra prix, surfaces, destinations, agrandissements, artificialisation et changements d’usage. Dans les zones urbaines et littorales, les documents d’urbanisme protégeront les terres stratégiques et les sièges d’exploitation.

D’après Yes Breizh, cette politique sera transparente non seulement sur les bénéficiaires effectifs des sociétés possédant ou exploitant des terres, mais aussi sur les structures de portage et les modifications de contrôle. Des mesures anti-contournement devront empêcher qu’une cession de parts permette d’échapper aux objectifs de régulation. Les droits des fermiers en place seront sécurisés et les possibilités d’acquisition collective ou territoriale seront examinées lorsque la continuité agricole est menacée.

Ouvrir la profession sans opposer les parcours

Pour Yes Breizh, les nouveaux entrants non issus du milieu agricole sont indispensables au renouvellement. Ils ont besoin d’un accès au foncier, au capital, au logement, à la formation pratique et aux réseaux professionnels. Parrainage, espaces-test, salariat avant installation et coopératives d’activité seront développés.

Dans les territoires bretons en déprise ou lorsque de grandes unités se libèrent, un programme de petites fermes et petites tenures pourra créer des ensembles économiquement viables destinés aux nouveaux entrants, au maraîchage, à l’élevage extensif, aux productions spécialisées ou aux projets collectifs. Le découpage ne sera retenu qu’après étude des sols, de l’eau, des bâtiments, des débouchés et du revenu prévisible.

5. Revenu, prix et partage de la valeur

Des contrats pluriannuels équilibrés

Pour Yes Breizh, les filières soutenues par la Bretagne devront publier des indicateurs de coûts de production, la construction du prix et la répartition de la valeur. Les contrats pluriannuels intégreront volumes, qualité, évolution des intrants6 et clause de renégociation.

Les aides aux transformateurs seront conditionnées au respect des délais de paiement, à la contractualisation équilibrée et à la transparence sur la valeur versée aux producteurs.

Une commande publique qui organise les débouchés

Selon Yes Breizh, lycées, établissements de santé et collectivités fixeront des objectifs réalistes d’approvisionnement durable pour la Bretagne, compatibles avec le droit de la commande publique7. A cet égard, les marchés seront allotis et planifiés afin que producteurs, PME et coopératives puissent répondre.

La commande sera accompagnée d’une évolution des menus, de la lutte contre le gaspillage et d’un soutien logistique.

Pour Yes breizh, exiger un produit sans construire le volume, le prix et le calendrier ne crée pas une filière.

Yes breizh suggère la création d’une mission bretonne de l’achat alimentaire public réunissant acheteurs, producteurs, transformateurs, juristes et logisticiens. Elle identifiera rapidement les obstacles concrets – allotissement insuffisant, volumes irréguliers, délais, plateformes, règles sanitaires ou rédaction des marchés – et publiera des solutions directement utilisables par les lycées, hôpitaux, communes et établissements médico-sociaux. Cette mission sera chargée de la vérification de l’application de ces mesures.

Ce qui ne relève pas directement de la Bretagne

Une suppression en Bretagne de TVA, une baisse unilatérale des cotisations sociales ou des barrières commerciales propres ne sont pas disponibles dans le cadre actuel. La politique commerciale relève de l’Union européenne et de la fiscalité nationale de la France.

Yes Breizh défendra des clauses miroir, des contrôles d’origine et de conformité, l’application effective des règles de partage de la valeur et, dans une phase avancée de dévolution, des ressources fiscales propres compatibles avec le droit européen.

6. Élevage : préserver la valeur, réduire les dépendances

La Bretagne ne peut ignorer le poids économique, territorial et culturel de l’élevage. Une réduction uniforme des cheptels détruirait des emplois, des outils et des prairies, tout en risquant d’augmenter les importations. Le statu quo n’est pourtant pas davantage soutenable partout.

La trajectoire sera différenciée selon espèces, densité, débouchés, autonomie alimentaire, effluents, eau, prairies et bien-être animal. Les systèmes d’herbagers et de polyculture-élevage gagneront en solidité lorsque leurs avantages seront mis en évidence. Pour les monogastriques, la priorité portera sur l’alimentation animale, les protéines locales, l’énergie, la santé, la gestion des effluents et la valeur ajoutée.

Les investissements de biosécurité, de ventilation, d’ombrage, d’abreuvement et de bien-être seront aidés. Toute expansion de volume doit être synchronisée avec la demande pour écarter tout risque d’importation concurrente et moins coûteuse.

Des labellisations seront mises en œuvre afin de favoriser les producteurs responsables, en particulier de porcs ayant malheureusement parfois une mauvaise réputation.

7. Diversifier cultures, protéines et alimentation

Pour Yes Breizh , la diversification réduit les risques économiques et climatiques. Une politique de filières soutiendra légumineuses, protéagineux, légumes, fruits, céréales adaptées, semences, chanvre et cultures à bas niveau d’intrants (engrais chimiques, pesticides, etc.), selon les sols et débouchés.

Les outils de collecte, séchage, stockage et transformation constituent souvent le verrou. Des contrats par Département (ou pays) réuniront agriculteurs, coopératives, transformateurs, restauration collective et distribution avant d’encourager les conversions.

Un fonds pour les petites exploitations soutiendra les investissements modestes, mais décisifs – atelier de transformation, stockage, irrigation économe, matériel partagé, vente collective ou mise aux normes – que les dispositifs conçus pour de grands projets financent mal. Les critères privilégieront l’activité réelle, la viabilité et l’effet local plutôt que la seule surface.

La viticulture nantaise bénéficiera d’un plan spécifique d’adaptation : sols, eau, cépages, maladies, gel, chaleur, diversification commerciale et transmission des domaines. La valorisation des cépages, en particulier ceux ayant une histoire méconnue (Berligou par exemple) sera soutenue.

8. Eau, azote, sols et bocage

Une gouvernance proposée par Yes Breizh, par bassin versant

La qualité et la quantité d’eau seront pilotées par bassin versant avec agriculteurs, habitants, collectivités, scientifiques, industries et associations. Les données sur prélèvements, nitrates, pesticides, état écologique et usages seront publiées.

Les mesures viseront d’abord les zones et périodes à risque. Réduction des pertes d’azote, couverture des sols, légumineuses, effluents mieux valorisés, zones tampons et conseil indépendant doivent permettre de réduire la dépendance aux engrais minéraux.

Sortir durablement des algues vertes

Pour les bassins concernés, la prévention doit inclure des contrats pluriannuels, l’évolution des systèmes, le foncier, l’accompagnement du revenu et des objectifs mesurables sur les flux d’azote. Ramassage et traitement restent nécessaires en effet pour la sécurité, mais ne remplacent pas la réduction à la source.

Protéger le capital sol et l’arbre

Le budget régional (Bretagne -4) indique un rythme de 550 kilomètres de bocage plantés par campagne. L’indicateur décisif sera toutefois le linéaire net fonctionnel : plantations moins destructions, avec qualité, continuité, entretien et valorisation.

Des diagnostics de sol suivront matière organique, érosion, compaction et capacité d’infiltration. Les paiements pour services environnementaux rémunéreront stockage de carbone, eau, biodiversité et entretien du bocage sur des résultats vérifiables.

9. Climat, énergie et biomasse

En accord avec Yes Breizh, des analyses comme celles du Shift Project (cf. sources) rappellent que l’agriculture représente environ 18 % des émissions françaises et qu’elle doit contribuer à l’objectif national de décarbonation. L’agriculture bretonne est simultanément victime du climat et capable de stocker du carbone.

Dans ce cadre, chaque installation aidée en Bretagne disposera d’un diagnostic de vulnérabilité : chaleur, sécheresse, excès d’eau, vent, maladies, dépendance énergétique et alimentation animale. Le plan d’adaptation précisera investissements, assurances, ressources de secours et évolution possible du système.

Pour Yes breizh, la priorité énergétique est la sobriété : bâtiments, froid, séchage, motorisation et mutualisation du matériel. Photovoltaïque, méthanisation et biomasse seront évalués selon le bilan complet, la disponibilité de la ressource, la concurrence avec l’alimentation, les transports, les digestats8 et l’intégration paysagère. La production d’énergie reste un complément de l’activité agricole, non son substitut.

Les projets énergétiques implantés sur des terres agricoles ou dans des territoires ruraux devront produire un bénéfice local vérifiable : participation des exploitants et des collectivités, baisse de charges, financement d’équipements communs ou retour aux habitants. La simplification des petits projets utiles ne justifiera ni l’artificialisation diffuse ni le contournement de la protection du foncier.

10. Emploi, conditions de travail et formation

En France, la part de l’agriculture dans l’emploi est passée de 9,1 % en 1980 à 2,7 % en 2022. En 2020, le travail agricole représentait environ 675 000 équivalents temps plein en métropole. Le nombre de chefs d’exploitation diminue, tandis que salariat, entreprises de travaux agricoles et CUMA9 prennent davantage de place. Nous n’avons pas pu avoir ces chiffres pour la Bretagne (5) et espérons les obtenir pour la prochaine édition du Levrig.

Mais en France comme en Bretagne, le renouvellement ne dépend pas seulement du nombre de places en formation. Revenu, logement, horaires, congés, reconnaissance et capacité à travailler en collectif déterminent l’attractivité. Les services de remplacement et groupements d’employeurs seront renforcés.

Pour Yes Breizh, la prévention de l’isolement, de l’épuisement et du suicide agricole doit devenir une composante explicite de la politique rurale. Des relais formés, confidentiels et accessibles, articulés avec les services de remplacement, la médecine du travail, les associations et les professionnels de santé, permettront d’intervenir avant la crise.

Former à la transformation réelle

Selon Yes breizh, les référentiels bretons doivent intégrer adaptation climatique, eau, sols, autonomie protéique, conduite de systèmes diversifiés, économie, commercialisation, coopération, numérique sobre et santé au travail. Les fermes pédagogiques et stages longs permettront de confronter plusieurs modèles.

La formation continue sera financée avec du temps de remplacement. Agriculteurs expérimentateurs, conseillers et chercheurs partageront les résultats, y compris les échecs. Un statut breton de « ferme pilote » ou de « paysan-chercheur » pourra soutenir les essais encadrés.

11. Agriculture biologique et qualité

L’agriculture biologique reste un levier important, mais Yes Breizh pense qu’une conversion sans marché fragilise les fermes. Les aides doivent combiner installation, investissement, débouchés, transformation et commande publique.

Les politiques ne se limiteront pas à une opposition binaire entre la biologie et le conventionnel. Les progrès sur les intrants, le sol, l’eau, le carbone, l’autonomie et le bien-être doivent être mesurés dans tous les systèmes, sans affaiblir la clarté du label biologique.

12. Agroalimentaire, coopération et recherche

Pour Yes breizh, la stratégie agricole doit inclure les abattoirs, laiteries, conserveries, légumeries, moulins, plateformes, commerces et entreprises logistiques. Certains outils sont indispensables à l’existence d’une filière ; leur fermeture peut rendre toute diversification impossible.

Un inventaire des outils critiques à cinq Départements identifiera les seuils de viabilité et les besoins d’investissement. Les aides publiques encourageront décarbonation, eau, conditions de travail, partage de la valeur, réemploi et ancrage territorial.

Un programme d’innovation agricole et alimentaire accompagnera les projets à leur stade précoce : expérimentation en ferme, validation du besoin, démonstrateur, accès aux données et première commande. Il ciblera notamment l’agriculture de précision réellement utile, l’agroéquipement réparable, la santé animale, l’adaptation végétale, l’économie d’eau et les procédés sobres de transformation.

Rennes, Nantes, Brest, Quimper et les autres sites de recherche et d’enseignement formeront une alliance pour les sols, l’élevage, la santé animale, le végétal, l’alimentation, la robotique utile et le climat. Les innovations seront évaluées selon leur gain agronomique, leur coût, leur réparabilité et le risque de dépendance.

13. Dévolution et gouvernance

Une Conférence agricole et alimentaire de Bretagne

Yes Breizh propose la tenue d’une Conférence réunissant agriculteurs, salariés, filières, coopératives, transformateurs, consommateurs, collectivités, scientifiques et associations des cinq Départements. Elle rendra un avis public sur la trajectoire, l’eau, la biomasse, le foncier et les crises. Cet avis public participera à la définition de la politique agricole bretonne.

La représentation évitera qu’une filière, un pays ou Département ou un type d’agriculture puisse décider seul. Des opinions minoritaires pourront être annexées aux décisions.

Les compétences à rapprocher

Dans le cadre actuel, la Bretagne dispose de leviers sur le développement économique, la formation, le FEADER10, l’installation, l’investissement et la commande de ses lycées. La France et l’Union européenne conservent l’essentiel des normes, de la PAC, du sanitaire, de la fiscalité et du commerce.

Pour Yes Breizh, la dévolution recherchée doit permettre une programmation bretonne intégrée du foncier, de l’installation, de la formation, de l’eau, de l’alimentation, des investissements et de l’adaptation, dans le respect des garanties françaises et européennes.

14. Dix-huit engagements

1. Produire un diagnostic agricole à cinq Départements, avec des séries homogènes et ouvertes.

2. Anticiper chaque transmission, par un repérage et un accompagnement cinq ans avant le départ.

3. Protéger le foncier agricole stratégique contre l’artificialisation et la spéculation.

4. Étendre et évaluer les aides à l’installation, avec un suivi pendant trois ans.

5. Garantir davantage de valeur aux producteurs, par contrats, transparence et commande publique.

6. Créer un guichet unique réellement simplificateur, partageant les données et contrôles.

7. Définir une trajectoire d’élevage par filière et Département, sans baisse uniforme ni immobilisme.

8. Développer protéines locales, légumes, fruits et cultures sobres, avec les outils de transformation nécessaires.

9. Adopter des contrats de transition pluriannuels, couvrant investissement, risque et revenu.

10. Restaurer l’eau, les sols et le bocage, avec des résultats mesurables par bassin versant.

11. Préparer chaque ferme aux aléas climatiques et sanitaires.

12. Renforcer remplacement, groupements d’employeurs et qualité du travail.

13. Former massivement à l’agroécologie et à l’adaptation, avec du temps financé.

14. Sécuriser les outils agroalimentaires critiques et conditionner les aides au partage de la valeur.

15. Dévoluer les leviers territoriaux avec leurs financements, après évaluation contradictoire.

16. Établir un plan d’action volontaire pour chaque ferme, reliant économie, travail, climat, nature et investissements.

17. Soutenir les petites exploitations et les nouveaux entrants, par un fonds dédié et des unités foncières viables.

18. Rendre la propriété foncière transparente et la commande publique accessible, avec des mécanismes anti-contournement et une mission bretonne de l’achat alimentaire.

15. Feuille de route 2027-2032

AnnéeActions et pilotes principauxRésultats vérifiables en fin d’année
2027Créer l’Observatoire à cinq ; intégrer les données du 44 ; évaluer installation, foncier, CTAE11 et investissements ; auditer les obstacles à l’achat alimentaire public. Pilotes : Bretagne préfigurative, chambres, SAFER, acheteurs, filières et recherche.État initial par bassin et filière ; définitions communes ; carte des cédants, terres, outils et vulnérabilités ; recommandations opérationnelles sur les marchés publics ; tableau de bord publié.
2028Adopter la stratégie agricole et alimentaire ; fixer les cibles 2030 et 2032 ; lancer dix contrats locaux, les premiers plans d’action de ferme et le fonds pour les petites exploitations. Pilotes : Conférence agricole, collectivités et État central.Trajectoires élevage, eau, cultures, emploi et carbone ; contrats financés ; plans pilotes évaluables ; Loire-Atlantique présente dans chaque programme.
2029Élargir l’accompagnement de la transmission ; créer une porte d’entrée unique ; expérimenter de petites unités foncières ; lancer les filières des protéines, des légumes et des outils critiques.Dossiers simplifiés ; cédants suivis ; nouveaux entrants installés sur des unités viables ; premiers contrats d’achat ; investissements collectifs et formation renforcée.
2030Évaluer les contrats ; étendre les mesures efficaces ; contractualiser la commande publique et les services environnementaux.Rapport indépendant ; revenus, eau, intrants et emplois mesurés ; dispositifs corrigés ou généralisés.
2031Préparer les compétences dévolues et la future PAC ; certifier charges, personnels, données et financements. Pilotes : État central, Bretagne et commission indépendante.Livre des compétences agricoles ; accord financier ; étude d’impact ; plan 2032-2037 des emplois et formations.
2032Mettre en œuvre les compétences transférées ; publier le bilan 2027-2032 ; adopter la trajectoire suivante.Transferts complets ; bilan public à cinq Départements ; objectifs révisés après débat et avis minoritaires.

Conditions de passage

Aucune transformation n’est généralisée sans budget, débouché, revenu et évaluation agronomique. Aucun objectif environnemental n’est imposé sans budget, calendrier, accompagnement et solution technique accessible. Aucun transfert n’intervient sans moyens. En cas d’échec, le dispositif est corrigé plutôt que maintenu pour respecter un affichage.

16. Indicateurs de suivi

L’état initial 2027 permettra de fixer des objectifs chiffrés pour 2030 et 2032. Les résultats seront publiés pour les cinq Départements, par filière et bassin lorsque les effectifs le permettent.

DomaineIndicateurs annuelsLecture et précautions
Revenu et valeurRevenu disponible ; volatilité ; coût de production ; prix payé ; part producteur ; délais de paiement.Distinguer filières, statuts et aides ; publier médiane et dispersion.
InstallationInstallations, profils, âge, bio ou non ; survie à trois et cinq ans ; revenu et charge ; départs anticipés.Ne pas mesurer le succès au seul nombre de dossiers aidés.
Transmission et foncierCédants accompagnés ; fermes transmises ; délai ; prix ; surfaces installées, agrandies ou artificialisées.Distinguer restructuration utile et concentration subie.
Transparence foncièreBénéficiaires effectifs identifiés ; changements de contrôle ; montages examinés ; acquisitions collectives ; contournements détectés.Respecter la confidentialité commerciale tout en publiant les structures de propriété et les tendances.
Emploi et travailActifs, ETP, salariés, vacances, rotation, accidents, remplacement, congés, temps et satisfaction.Intégrer travail familial, saisonnier et externalisé.
FormationEntrées, diplômés, reconversions, formation continue, temps remplacé et adoption des compétences.Mesurer l’usage en ferme, pas seulement les heures suivies.
ÉlevageCheptels, autonomie alimentaire, prairies, mortalité, antibiotiques, bien-être, effluents et valeur ajoutée.Comparer par système ; intégrer émissions importées et services des prairies.
Cultures et alimentationSurfaces, volumes, diversité, protéines, fruits et légumes ; part bretonne dans la commande publique.Vérifier débouchés, saisonnalité et importations substituées.
Petites exploitationsProjets soutenus ; survie à trois ans ; revenu ; emplois ; investissements mutualisés ; nouvelles petites unités viables.Ne pas confondre petite surface et fragilité : apprécier le modèle économique et l’effet territorial.
Eau et azoteNitrates, pesticides, prélèvements, état des masses d’eau, excédents d’azote et flux vers les baies.Publier par bassin versant et selon météo ; suivre tendances pluriannuelles.
Sols et bocageMatière organique, érosion, couverture ; linéaire planté, détruit et fonctionnel ; entretien.Utiliser le linéaire net et la qualité, non les seules plantations.
Climat et énergieÉmissions directes et indirectes ; énergie ; diagnostics ; fermes adaptées ; sinistres et temps de reprise.Ne pas réduire la performance au carbone ; intégrer biodiversité et résilience.
IntrantsEngrais minéraux, produits phytosanitaires, aliments importés, carburants et coûts associés.Rapporter aux productions et aux conditions agronomiques.
Bio et qualitéSurfaces, conversions, déconversions, revenu, débouchés, prix et investissements.Une hausse de surface sans marché n’est pas une réussite durable.
TransformationOutils critiques, capacités, utilisation, fermetures, investissements, énergie, eau et valeur restituée.Mesurer les effets sur producteurs et emplois locaux.
Santé et conditions humainesRecours au remplacement ; congés ; signalements précoces ; accès à un soutien confidentiel ; absentéisme et satisfaction.Publier uniquement des données agrégées et protéger strictement la confidentialité.
Plans d’action de fermePlans engagés et révisés ; investissements réalisés ; résultats économiques, climatiques et environnementaux.Évaluer les progrès propres à chaque système, sans imposer un classement uniforme.
SimplificationDélais, pièces redemandées, contrôles coordonnés, erreurs, recours et satisfaction.La baisse du nombre de contrôles ne constitue pas seule un progrès.

Gouvernance du suivi

L’Observatoire publiera les séries, méthodes et données de Loire-Atlantique au même niveau que celles des quatre autres Départements. Un comité scientifique et agricole indépendant validera les définitions ; les filières et associations disposeront d’un droit de réponse.

Un code vert, orange, rouge signalera la trajectoire, mais ne remplacera jamais les chiffres et leur explication. Une hausse temporaire d’un indicateur peut correspondre à une transition ou à un meilleur recensement : chaque évolution sera interprétée avant décision.

Conclusion — Un contrat de confiance et de résultats

La Bretagne n’a pas à choisir entre produire et protéger. Elle doit produire en protégeant ses capacités futures : agriculteurs, terres, eau, sols, savoir-faire, animaux, énergie et outils de transformation.

Pour Yes Breizh, la dévolution est utile si elle réduit les injonctions contradictoires et permet de coordonner foncier, formation, investissement, alimentation et environnement. Elle ne doit pas remplacer Paris par une administration rennaise ou nantaise éloignée du terrain. Les bassins de vie et les filières doivent participer aux décisions et pouvoir en mesurer les résultats.

Le contrat proposé est exigeant pour tous : visibilité et revenu pour les agriculteurs ; transparence et transition vérifiable pour les filières ; cohérence des achats pour les collectivités ; acceptation du juste prix par la société ; responsabilité de la Bretagne sur ses choix.

Sources mobilisées

  • Région Bretagne, Mission 5 — Développement économique, agricole et maritime, budget primitif 2026, notamment programme 509.
  • The Shift Project, Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère — Synthèse, novembre 2024.
  • The Shift Project, Quels actifs avec quelles compétences pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère ?, novembre 2024.
  • Document de travail PB Agriculture — Pour une agriculture bretonne rénovée et diversifiée.
  • Scottish National Party, On Scotland’s Side – Government Programme 2026, mai 2026 (renouveau rural, plans d’action de ferme, petites exploitations, foncier, achat public, santé rurale et innovation agricole).

Notes et précisions

1. Toute création d’observatoire ou agence etc. devra être liée à la disparition d’au moins une autre entité publique équivalente avec une reprise intégrale des personnels. Des ajustements pourront être opérés par la suite. ↩

2. Pluriannuel ↩

3. Annuel ↩

4. Société d’Aménagement Foncier et d’Aménagement Rural ↩

5. Toute création d’observatoire ou agence etc. devra être liée à la disparition d’au moins une autre entité publique équivalente avec une reprise intégrale des personnels. Des ajustements pourront être opérés par la suite. ↩

6. Produit externe apporté aux terres, cultures ou aux élevages pour améliorer la productivité et le rendement. ↩

7. Droit qu’il s’agit de considérer et utiliser non pas comme une contrainte mais comme un outil. ↩

8. Résidus solides ou liquides issus de la dégradation de la matière organique par méthanisation (digestion en absence d’oxygène). ↩

9. Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole. ↩

10. Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural ↩

11. Contrat de Transition Agro Ecologique ↩

Les dossiers thématiques du Levrig 2027 de Yes Breizh

• 1. Statut, institutions, dévolution et Constitution
• 2. Finances publiques, budget et autonomie fiscale
• 2 bis. Analyse budgétaire France – Bretagne 5
• 3. Le service public en Bretagne
• 4. La santé en Bretagne
• 5. Le handicap en Bretagne
• 6. Éducation, formation et enseignement supérieur
• 7. Culture, langues et médias
• 8. Identité bretonne, transmission et cohésion
• 9. Le logement en Bretagne
• 10. Emploi, entreprises et développement économique
• 11. Économie, commerce et mobilités
• 12. Agriculture et alimentation
• 13. Mer, littoral et pêche
• 14. Énergie, climat et transition écologique
• 15. Numérique et souveraineté
• 16. Sécurité, justice et défense
• 17. Europe et international
• 18. Diaspora bretonne et rayonnement international

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