Levrig 2027 – Dossier 4/19 – La santé en Bretagne – Yes Breizh

La santé en Bretagne

de Yes Breizh
YES BREIZH  •  LEVRIG édition 2 – 2027
Dossier thématique 4/19

LA SANTÉ EN BRETAGNE
Ce texte fait partie des dossiers thématiques de l’édition 2 du Levrig de Yes Breizh.

Prévenir, soigner et protéger au plus près des Bretonnes et des Bretons

Levrig 2027
Trajectoire 2027 – 2032

NB : « Par souci de fluidité et de concision, le masculin est utilisé dans ce texte pour englober l'ensemble des genres ».

Synthèse exécutive

Après analyse, Yes Breizh considère que la Bretagne dispose d’équipes soignantes engagées, de deux grands CHU à Rennes et à Nantes, d’un CHU à Brest, d’hôpitaux de proximité, de pôles de recherche et d’un réseau dense d’acteurs publics, privés, associatifs et mutualistes. Elle possède aussi une capacité éprouvée d'initiative locale : maisons de santé, centres de santé salariés, accueil d'étudiants, coopération intercommunale et mobilisation pour maintenir des services essentiels.

Pourtant, l'accès aux soins se dégrade dans de nombreux bassins de vie1. Le manque de médecins traitants et de spécialistes, les difficultés de la psychiatrie, l'engorgement des urgences, la tension des métiers hospitaliers et du domicile, le vieillissement et les inégalités sociales créent des pertes de chance. La frontière administrative séparant la Loire-Atlantique des quatre autres Départements fragmente la planification hospitalière, les formations, la prévention et les données à l'échelle de la Bretagne historique.

Pour Yes Breizh, la santé ne peut pas être réduite à la consommation de soins. Elle dépend du logement, du travail, du revenu, de l'éducation, de l'alimentation, de l'environnement, de la mobilité, des liens sociaux et de la capacité à agir sur sa propre vie. La Bretagne doit donc déplacer le centre de gravité de la réparation vers la prévention, des structures vers les parcours, de la norme uniforme vers l'égalité réelle pour toute la Bretagne.

La dévolution proposée par Yes Breizh ne signifierait ni la sortie de la Sécurité sociale ni la création d'une médecine à plusieurs vitesses. L'État et la solidarité nationale continueraient en effet à garantir les droits, les prestations et la péréquation, mais une Autorité bretonne de santé2, démocratiquement contrôlée, recevrait les moyens d'organiser l'offre, la prévention, les formations, la santé environnementale et les coopérations à cinq Départements.

  • Les priorités : garantir un accès effectif aux soins primaires dans chaque bassin de vie ;
  • protéger un maillage hospitalier gradué, sûr et lisible ;
  • faire de la santé mentale et de la prévention du suicide une priorité bretonne ;
  • investir dans la prévention, les addictions et la santé environnementale ;
  • former, attirer et fidéliser les professionnels selon les besoins territoriaux ;
  • mieux articuler ville, hôpital, domicile, médico-social et pharmacie ;
  • associer les patients, les professionnels et les élus aux décisions ;
  • préserver la solidarité financière et mesurer la qualité plutôt que la seule activité.

1. Une conception bretonne de la santé

1.1 La santé est une capacité à vivre

L'Organisation mondiale de la santé définit la santé comme un état de bien-être physique, mental et social, et non comme la seule absence de maladie. Cette définition oblige à agir sur les déterminants de santé et à considérer les soins comme une composante d'une politique plus large.

Pour Yes Breizh, une bonne politique de santé se juge par des résultats concrets : années de vie en bonne santé, accès sans perte de chance, réduction des écarts sociaux et territoriaux, qualité de vie des patients, sécurité des soins et conditions de travail des professionnels.

1.2 L'égalité n'est pas l'uniformité

Pour Yes Breizh, appliquer partout la même règle ne garantit pas le même accès. Une île, un territoire rural, une métropole universitaire et un bassin industriel n'ont ni les mêmes besoins ni les mêmes ressources. L'égalité réelle exige une péréquation et des modèles différenciés : exercice libéral, salariat, équipes mobiles, télésanté accompagnée, centres de santé, consultations avancées et coopération entre professions.

1.3 La confiance comme infrastructure

La relation de soin repose, selon Yes Breizh sur la confiance, la confidentialité et le consentement. Les décisions publiques doivent être transparentes, mais aussi claires (compréhensibles), fondées sur les connaissances scientifiques et préservées des conflits d'intérêts. Les approches complémentaires ne peuvent être soutenues que lorsque leur efficacité et leur sécurité sont évaluées ; elles ne doivent jamais retarder un diagnostic ou un traitement éprouvé.

2. La Bretagne face à un double défi démographique et sanitaire

IndicateurValeur de référencePérimètre et lecture
Population au 1er janvier 20265 032 600 habitantsBretagne – 5 soit 7.28 % de la population française (inc. Bretagne).
Part des 65 ans ou plusEnviron 25 %Un vieillissement supérieur à la moyenne nationale
Espérance de vie à la naissance en 202579,8 ans hommes ; 85,6 ans femmesInférieure à la moyenne française dans la région administrative
Décès par suicide en 2023975Taux de 19 / 100 000 habitants en Bretagne (+ 40 % / à la moyenne française)
Hospitalisations pour geste auto-infligé en 20248 860Taux standardisé de 180 / 100 000 habitants (+ 27% à la moyenne française)
Déficit des régimes obligatoires et du FSV en 202521,6 milliards d'eurosDonnée France ; déficit de la branche maladie : 15,9 milliards. Part théorique supportée par la Bretagne par rapport à sa population : 1.57 milliards d’€
Déficit prévu par la LFSS pour 202619,4 milliards d'eurosDonnée nationale exposée par la Cour des comptes, part bretonne – 1.41 milliards d’€

Ces chiffres donnent des repères. Mais en Bretagne, la santé est administrée par deux ARS, deux régions et plusieurs groupements hospitaliers de ‘territoire’. Les statistiques disponibles portent souvent soit sur la région administrative Bretagne, soit sur les Pays de la Loire. Les regroupements sont délicats.

2.1 Une population plus âgée et inégalement répartie

Au 1er janvier 2026, un quart des habitants de la région administrative a au moins 65 ans et l'âge moyen approche 44 ans. Le vieillissement accroît les besoins de soins chroniques, d'adaptation du domicile, de coordination et de professionnels du grand âge. Il ne doit pas conduire à une vision purement comptable : l'objectif est de prévenir la perte d'autonomie et de permettre aux personnes de choisir leur lieu de vie.

2.2 Des écarts géographiques importants

L'Ille-et-Vilaine bénéficie d'une population plus jeune et d'une forte concentration de formations et de spécialités. D'autres parties de la Bretagne cumulent vieillissement, éloignement, faibles revenus et départs de professionnels. Pour Yes Breizh, l'accessibilité doit être mesurée en temps réel d'obtention d'un rendez-vous, de transport et de prise en charge, non par le seul nombre de médecins rapporté à la population.

2.3 Une espérance de vie perfectible

En 2025, l'espérance de vie régionale demeure inférieure à la moyenne française, pour les femmes comme pour les hommes. Les écarts entre Départements sont marqués : l'Ille-et-Vilaine dépasse la moyenne nationale, tandis que les Côtes-d'Armor connaissent les niveaux les plus faibles de la Bretagne administrative. Cette géographie impose des objectifs de réduction des écarts et une action sur les déterminants sociaux, les addictions, la santé mentale et l'accès aux soins.

3. L'accès aux soins : sortir de la logique du recrutement isolé

3.1 Le médecin traitant reste le pivot

Pour Yes Breizh, sans médecin traitant, le suivi des maladies chroniques, la prévention et l'orientation deviennent plus difficiles. Mais attirer un praticien par une annonce ou un bâtiment vide ne suffit pas. Les jeunes professionnels recherchent un travail collectif, des conditions compatibles avec leur vie, un accès au logement, des remplacements et la possibilité d'exercer leur métier sans surcharge administrative.

3.2 Les enseignements du Centre-Bretagne

L'expérience du Pays Centre Ouest Bretagne met en évidence trois leviers indissociables : un projet local de santé, une maison de santé pluriprofessionnelle et des maîtres de stage capables d'accueillir des étudiants. Les stages créent une connaissance concrète du local et peuvent favoriser l'installation. Le projet médical doit précéder le projet immobilier.

À Maël-Carhaix dans les Côtes d’Armor en Centre Bretagne, par exemple, l'accueil de stagiaires et le travail collectif ont contribué à consolider l'offre. Au Sourn, dans le Morbihan, au sud-ouest de Pontivy, le centre de santé salarié lancé en 2015 a été étendu par coopération intercommunale et a contribué au maintien de pharmacies. Ces expériences ne constituent pas un modèle unique, mais elles montrent l'intérêt de donner au local une capacité d'expérimentation stable.

3.3 Plusieurs statuts, une même exigence de qualité

Pour Yes Breizh, l'exercice libéral, le salariat municipal ou intercommunal, les centres mutualistes et les équipes hospitalières peuvent coexister. Le choix doit répondre au besoin et à la qualité, non à une opposition idéologique. Les initiatives faisant appel à des médecins retraités, comme à Plougasnou à l’Est du Finistère, peuvent assurer une transition, à condition de respecter les exigences de compétence, de sécurité, de continuité et de charge de travail.

3.4 La télésanté comme complément

Si la téléconsultation peut éviter certains déplacements et faciliter l'accès à un avis spécialisé, elle ne remplace ni l'examen clinique lorsque celui-ci est nécessaire, ni la présence humaine, ni une organisation géographique. Elle doit être accompagnée, accessible, sécurisée et intégrée au dossier du patient.

3.5 Un signal national à lire depuis les Départements (ou pays) bretons

La vague « santé » de l'Observatoire des territoires publiée en janvier 2026 indique que 40 % des Français jugent difficile l'accès aux soins là où ils vivent. Cette proportion atteint 53 % dans les communes rurales et 52 % dans les agglomérations de moins de 20 000 habitants. Par ailleurs, 81 % déclarent avoir renoncé au moins une fois à consulter au cours des douze mois précédents : 65 % citent des délais trop longs et 60 % l'absence de spécialistes à proximité, jusqu'à 70 % en zone rurale.

Ces données, obtenues à partir d’une étude nationale et non d’un indicateur spécifique à la Bretagne, sont tout de même un signal d’alarme pour les zones rurales, insulaires et les petites villes de cette région. Ils invitent à mesurer en Bretagne le renoncement réel, ses causes et les écarts entre bassins de vie, plutôt qu'à s'en tenir aux seules densités médicales.

4. Hôpital, urgences et soins non programmés

4.1 Pour Yes Breizh, un réseau gradué plutôt qu'une opposition entre proximité et excellence

Tous les hôpitaux ne peuvent assurer toutes les spécialités en permanence. Mais toute concentration doit être compensée par une organisation sûre : urgences stabilisées, transports sanitaires, consultations avancées, équipes mobiles, télémédecine, lits d'aval et protocoles de transfert. La fermeture d'un service sans solution fonctionnelle préalable crée une perte de chance et une défiance durable.

Pour Yes Breizh, les CHU de Rennes, Nantes et Brest doivent former une alliance bretonne pour les soins rares, la recherche, la formation et les achats stratégiques. Les hôpitaux généraux et de proximité doivent être reliés à cette alliance selon des responsabilités claires.

4.2 Les urgences révèlent les défaillances de l'amont et de l'aval

Selon Yes Breizh, l'engorgement ne vient pas seulement d'un mésusage par les patients. Il reflète l'absence de médecin disponible, l'insuffisance des soins non programmés, les difficultés de la psychiatrie, le manque de lits d'aval, la fragilité du domicile et les transports. La réponse doit organiser une chaîne complète plutôt que multiplier les filtres.

Un plan breton3 de fluidité hospitalière devra suivre chaque jour les lits, les sorties retardées, les besoins de transport et les capacités du domicile et du médico-social. L'hospitalisation à domicile sera développée lorsqu'elle correspond au choix du patient, à une indication médicale sûre et à la présence effective des professionnels et des aidants nécessaires ; elle ne devra jamais servir à transférer une charge non compensée vers les familles.

4.3 Mesurer la qualité et les résultats

La tarification à l'activité a soutenu la mesure de l'activité, mais peut encourager le volume et fragmenter les parcours. La Cour des comptes souligne en 2026 la nécessité de mieux maîtriser la dépense d'assurance maladie. Cette maîtrise ne doit pas reposer sur des réductions indifférenciées : elle doit s'appuyer sur la pertinence des actes, la prévention, la coordination, la réduction des complications évitables et la qualité des résultats.

5. Santé mentale et prévention du suicide

5.1 Une priorité bretonne explicite

En 2023, 975 décès par suicide ont été recensés dans toute la Bretagne, soit un taux standardisé de 19 pour 100 000 habitants. En 2024, 8 860 hospitalisations pour geste auto-infligé ont été dénombrées. Les adolescentes et jeunes femmes présentent des taux d'hospitalisation particulièrement élevés, tandis que les hommes de 45 ans et plus connaissent les taux de décès les plus élevés.

Tous ces résultats sont plus élevés que dans le reste de la France.

Pour Yes Breizh, ces données imposent une politique transversale : repérage précoce, santé scolaire et étudiante, médecine du travail, soutien aux agriculteurs et marins, prévention de l'isolement, accès rapide à la psychiatrie et continuité après une tentative.

5.2 Une psychiatrie de secteur renouvelée

Suite à nos contacts, il est apparu que la psychiatrie doive redevenir accessible avant la crise. Chaque bassin de vie doit disposer d'équipes de proximité, de centres médico-psychologiques aux délais mesurés, de solutions pour les enfants et adolescents, d'équipes mobiles et de lits pour les situations aiguës. Les professionnels libéraux, scolaires, hospitaliers et sociaux doivent partager des circuits simples avec le consentement du patient.

Une réponse d'orientation et de crise accessible vingt-quatre heures sur vingt-quatre articulera régulation sanitaire, équipes mobiles et lieux d'accueil sans rendez-vous. Des équipes conjointes santé mentale-secours pourront intervenir lorsque l'alternative serait une réponse exclusivement policière, avec des protocoles stricts de sécurité, de consentement et d'évaluation.

5.3 Consolider les dispositifs de veille

Le 3114 et VigilanS4 apportent une capacité de réponse et de recontact. Leur efficacité dépend de la possibilité d'orienter réellement vers des soins. Les indicateurs doivent donc suivre le délai jusqu'à la première consultation et la continuité du parcours, non seulement le nombre d'appels ou d'inscriptions.

6. Prévention, environnement et inégalités

6.1 Rééquilibrer prévention et soins

Pour Yes Breizh, la prévention en Bretagne reste dispersée et peu lisible. Elle doit être organisée autour d'objectifs par Départements (ou pays) : vaccination, dépistages, activité physique, santé bucco-dentaire, nutrition, santé sexuelle, périnatalité, risques professionnels et vieillissement en bonne santé. Les actions doivent être évaluées et ciblées vers les populations qui en bénéficient le moins.

Des rendez-vous de prévention et de diagnostic de proximité doivent être proposés dans des lieux ordinaires et identifiés – pharmacies, maisons de santé, communes, lieux de travail et associations sportives – pour les risques cardiovasculaires, respiratoires et certains cancers. Ils doivent conduire à un parcours réel de confirmation diagnostique et de prise en charge, afin de ne pas créer un dépistage sans suite.

6.2 Alcool, tabac et autres addictions

Pour Yes Breizh, les consommations à risque ne relèvent ni de la morale ni d'une identité culturelle. Elles doivent être traitées par l'information, la réduction des risques, le repérage précoce, les soins et l'action sur les environnements commerciaux et sociaux. Le Baromètre de Santé publique France 2024 fournit désormais des données régionales qui permettront de suivre les évolutions.

6.3 Une seule santé : humaine, animale et environnementale

La qualité de l'eau et de l'air, les pesticides, les algues vertes, les expositions professionnelles, l'habitat, le bruit, les zoonoses et le changement climatique ont des conséquences sanitaires. Une approche « Une seule santé » doit associer santé humaine, santé animale et écosystèmes, avec données ouvertes, recherche indépendante et décisions coordonnées.

6.4 Réduire les inégalités sociales de santé

Le renoncement aux soins dépend du revenu, du transport, du logement et du reste à charge. Les moyennes peuvent masquer des écarts considérables. Chaque programme devra publier ses résultats selon le Département (ou pays) et les caractéristiques sociales, dans le respect de la confidentialité.

6.5 Construire une stratégie bretonne de santé des femmes

Yes Breizh a conclu de ses réflexions que les parcours de santé des femmes restent insuffisamment coordonnés entre prévention, médecine générale, gynécologie, maternité, santé mentale et recherche. Une stratégie bretonne doit être élaborée pour organiser l'accès à la contraception et à l'IVG, la prévention et le dépistage, la santé menstruelle, l'endométriose, la ménopause, la périnatalité et la santé mentale périnatale. Un audit indépendant des maternités devra pouvoir examiner simultanément sécurité, accessibilité territoriale, effectifs et expérience des femmes et des familles.

7. Les professionnels : former, fidéliser et protéger

7.1 Planifier les besoins de formation

Pour Yes Breizh, les capacités de formation doivent être liées aux besoins à dix ans : médecins, infirmiers, sages-femmes, aides-soignants, pharmaciens, manipulateurs radio, psychologues, psychiatres, dentistes et métiers du domicile. Les stages définis par la profession doivent être répartis dans tous les bassins de vie et accompagnés par le logement, le transport et des maîtres de stage reconnus.

7.2 Libérer du temps soignant

Secrétariats mutualisés, assistants médicaux, protocoles de coopération et systèmes numériques interopérables peuvent réduire les tâches sans valeur clinique. Le transfert de compétences doit être formé, protocolisé et évalué ; il ne doit pas devenir un simple transfert de charge.

7.3 Améliorer les conditions de travail

Pour Yes Breizh, la fidélisation passe par les effectifs, les plannings, la rémunération, le management, la prévention de l'épuisement et l'accès au logement. La santé des soignants est un indicateur de la santé du système. Les établissements bénéficiant de financements publics publieront des indicateurs sociaux comparables.

7.4 Reconnaître les aidants et consolider les soins palliatifs

Les aidants pour Yes Breizh contribuent à la continuité de vie, mais ne doivent pas devenir la variable d'ajustement du système. Un droit effectif au répit, une évaluation annuelle de leur santé et une information simple sur leurs droits seront organisés par bassin de vie. Les soins palliatifs, y compris pédiatriques, devront être accessibles à domicile, en établissement et à l'hôpital, avec des équipes formées et un financement pluriannuel lisible.

8. Protection sociale et soutenabilité financière

8.1 Préserver la solidarité

En 2025, le total du déficit français des régimes obligatoires de base et du Fonds de solidarité vieillesse a atteint 21,6 milliards d'euros (en proportion pour la Bretagne, 1,57 milliard), dont 15,9 milliards pour la branche maladie. La LFSS prévoyait un déficit de 19,4 milliards en 2026 (en proportion pour la Bretagne, 1,41 milliard) , avec des risques d'exécution soulignés par la Cour des comptes.

Ces chiffres imposent une trajectoire crédible, mais un budget de santé ne peut être piloté comme celui d'une entreprise. Pour Yes Breizh, une dépense utile évite parfois des coûts futurs et protège la cohésion sociale.

Pour Yes Breizh, la bonne question est double : quelles ressources stables la société consacre-t-elle à la santé et quelle valeur sanitaire obtient-elle pour chaque euro ?

8.2 Responsabiliser tous les acteurs

La pertinence concerne prescripteurs, établissements, industriels, transports, complémentaires et patients. La lutte contre les fraudes et erreurs doit être renforcée sans créer d'obstacles pour les assurés légitimes. Yes Breizh souhaite que les achats de médicaments et dispositifs doivent gagner en transparence, évaluation et pouvoir de négociation.

8.3 Une enveloppe bretonne avec garantie

Dans un cadre de dévolution, la Bretagne recevrait une enveloppe pluriannuelle ajustée à l'âge, à la précarité, à la ruralité, aux flux touristiques et aux besoins sanitaires. La justice garantirait la péréquation et la couverture des risques lourds. Les économies obtenues par la prévention et l'organisation pourraient être réinvesties dans le système breton, plutôt que reprises automatiquement.

9. Ce que la dévolution changerait

9.1 Une Autorité bretonne de santé à cinq Départements

Cette autorité intégrerait les fonctions territoriales aujourd'hui dispersées entre deux ARS, en coopération avec l'Assurance Maladie, les Départements, les communes et les professionnels. Son dirigeant ou sa dirigeante serait responsable devant les institutions bretonnes, après audition publique, et ne serait pas donc seulement nommé par le pouvoir central français.

9.2 Une Assemblée de Bretagne fixant les priorités

L’Assemblée voterait une stratégie de santé et une enveloppe pluriannuelle, après débat public. Il ne déciderait pas des traitements médicaux : les recommandations cliniques resteraient fondées sur la science et élaborées par les autorités compétentes. Il contrôlerait l'accès, l'organisation, les résultats et l'utilisation des moyens.

9.3 Des conseils locaux dotés de moyens

Les bassins de vie élaboreraient des contrats opposables précisant services, délais, effectifs et solutions de mobilité. Les professionnels, patients, aidants et élus disposeraient d'un véritable pouvoir d'alerte et de proposition. Toute réorganisation majeure publierait une étude d'impact territorial et sanitaire. Le baromètre national français de 2026 montre l'ampleur de l'attente locale : 70 % de l’ensemble des Français attribuent un rôle à leur commune en matière de santé, mais 42 % seulement estiment qu'elle agit effectivement. La dévolution doit permettre, en Bretagne, de transformer cette attente en responsabilité assortie de compétences, de moyens et d'une obligation de résultat.

9.4 Des droits nationaux non négociables

La dévolution respecterait un principe de non-régression : mêmes droits au remboursement et à la protection sociale, libre choix du patient, continuité lors d'un déménagement et égal accès aux innovations. Les autorités nationales françaises conserveraient les fonctions régaliennes de sécurité sanitaire, d'autorisation des médicaments et de gestion des crises dépassant aujourd’hui la Bretagne car se situant souvent à un niveau européen.

10. Seize propositions pour une Bretagne en meilleure santé

Proposition 1 – Créer l'Observatoire breton5 de la santé à cinq Départements

Il réunira des données démographiques, environnementales, sociales, de soins et de résultats. Les indicateurs seront publiés par bassin de vie : délais réels, patients sans médecin traitant, renoncements, mortalité évitable, santé mentale, qualité de l'air et de l'eau, effectifs et lits disponibles.

Proposition 2 – Garantir une équipe de soins primaires dans chaque bassin de vie

Chaque bassin de vie (Département ou pays), disposera d'un contrat combinant médecins, infirmiers, pharmaciens, sages-femmes et autres professionnels. Le modèle pourra être libéral, salarié ou mixte. Un mécanisme de solidarité financera durablement les zones où l'activité seule ne permet pas l'équilibre.

Proposition 3 – Déployer un plan breton des stages et installations

Tous les étudiants en santé auront accès à des stages localisés avec des facilités en logement et transport. Les maîtres de stage seront formés et indemnisés. Les aides aux études contre engagement d'exercice seront encadrées, proportionnées et privilégiées lorsqu'elles répondent à un projet territorial collectif.

Proposition 4 – Constituer l'Alliance hospitalière de Bretagne

Les CHU de Nantes, Rennes et Brest coordonneront soins rares, recherche, formation et achats avec les hôpitaux généraux et de proximité. Une carte graduée précisera les services accessibles, les transferts et les temps cibles. Aucune fermeture ne précédera la mise en service d'une solution sûre.

Proposition 5 – Organiser une permanence des soins par bassin de vie

Maisons médicales de garde, service d'accès aux soins, pharmacie, transport sanitaire, soins infirmiers et équipes mobiles seront planifiés ensemble. Les urgences disposeront de lits d'aval et de solutions gériatriques et psychiatriques.

Proposition 6 – Faire de la santé mentale la grande cause bretonne 2027-2032

Le plan fixera des délais cibles pour les centres médico-psychologiques, renforcera pédopsychiatrie, santé étudiante, équipes mobiles, prévention en milieu professionnel et suivi après tentative de suicide. Chaque établissement scolaire et universitaire disposera d'un parcours d'orientation connu.

Proposition 7 – Affecter une part croissante du budget à la prévention

Une enveloppe pluriannuelle protégée financera des programmes évalués sur la vaccination, les dépistages, les addictions, l'activité physique, la santé bucco-dentaire, la périnatalité et le vieillissement. Les financements suivront les inégalités de besoins, non la seule capacité locale à monter des dossiers.

Proposition 8 – Créer un programme « Une seule santé Bretagne »

Il croisera données humaines, animales et environnementales pour l'eau, l'air, les pesticides, les zoonoses, les expositions professionnelles et le climat. Un comité scientifique indépendant publiera les incertitudes, conflits d'intérêts et recommandations.

Proposition 9 – Garantir l'accès aux soins dans les îles et localement

Des équipes mobiles, consultations avancées, transports, hébergements temporaires et télésanté accompagnée réduiront les pertes de chance. Les indicateurs intégreront les temps de trajet et les variations saisonnières.

Proposition 10 – Créer un dossier de parcours interopérable

Avec le consentement du patient et dans le respect du droit, les professionnels autorisés accéderont aux informations utiles. L'objectif est d'éviter les répétitions, pertes d'information et examens inutiles. Toute utilisation secondaire des données fera l'objet d'une gouvernance et d'une traçabilité publiques.

Proposition 11 – Mettre en place un fonds d'innovation organisationnelle

Le fonds soutiendra centres de santé salariés, coopérations intercommunales, équipes mobiles et nouveaux partages de tâches. Les expérimentations seront limitées dans le temps, comparées et généralisées seulement si elles améliorent qualité, accès et conditions de travail.

Proposition 12 – Instaurer une conférence annuelle de la santé

Patients, aidants, professionnels et élus examineront les résultats et priorités. L'Autorité bretonne devra répondre publiquement aux recommandations et justifier les écarts entre objectifs, budgets et réalisations.

Proposition 13 – Mettre en œuvre un plan breton de fluidité hospitalière et de soins à domicile

Une cellule organisée par pôle local, suivra les lits, les sorties retardées, les transports et les capacités du domicile et du médico-social. L'hospitalisation à domicile sera proposée sur indication médicale, avec consentement, continuité vingt-quatre heures sur vingt-quatre et soutien explicite des aidants.

Proposition 14 – Ouvrir des pôles de prévention et de diagnostic de proximité

Des rendez-vous coordonnés seront proposés dans les maisons de santé, pharmacies et autres lieux accessibles pour les risques cardiovasculaires et respiratoires ainsi que certains cancers. Chaque dépistage positif donnera lieu à une orientation tracée et à un délai cible de confirmation.

Proposition 15 – Adopter une stratégie bretonne de santé des femmes

Elle couvrira santé menstruelle, endométriose, contraception, IVG, ménopause, périnatalité, santé mentale périnatale et recherche. Un audit des maternités évaluera ensemble la sécurité, les effectifs, les temps d'accès et l'expérience des femmes, avant toute réorganisation.

Proposition 16 – Garantir le répit des aidants et l'accès aux soins palliatifs

Chaque aidant pourra bénéficier d'une évaluation de santé, d'une information coordonnée et d'une solution de répit adaptée. Une programmation bretonne des soins palliatifs fixera les capacités nécessaires à domicile, en établissement et à l'hôpital, y compris pour les enfants.

Conditions de mise en œuvre

Aucune transformation n’est généralisée sans budget, débouché, revenu et évaluation. Aucun objectif n’est imposé sans budget, calendrier, accompagnement et solution technique accessible. Aucun transfert n’intervient sans moyens. En cas d’échec, le dispositif est corrigé plutôt que maintenu pour respecter un affichage. Un code vert, orange, rouge signalera la trajectoire, mais ne remplacera jamais les chiffres et leur explication. Une hausse temporaire d’un indicateur peut correspondre à une transition ou à un meilleur recensement : chaque évolution sera interprétée avant décision.

11. Calendrier 2027-2032

2027 – Mesurer, sécuriser, décider

  • installer l'Observatoire et publier l'état zéro à cinq Départements ;
  • définir les bassins de vie sanitaires et leurs délais cibles ;
  • sécuriser les services hospitaliers et psychiatriques les plus fragiles ;
  • adopter le plan stages-logement-maîtres de stage ;
  • lancer la conférence bretonne et le programme « Une seule santé » ;
  • établir l'état zéro des sorties hospitalières retardées, de la santé des femmes, du répit et des soins palliatifs.

2028-2029 – Contractualiser, expérimenter

  • et conclure les contrats locaux de soins primaires ;
  • ouvrir les équipes mobiles et consultations avancées prioritaires ;
  • constituer l'Alliance hospitalière de Bretagne ;
  • déployer le fonds d'innovation organisationnelle ;
  • augmenter progressivement l'enveloppe de prévention ;
  • expérimenter les pôles de diagnostic de proximité, la fluidité hospitalière et les dispositifs de répit.

2030-2032 – Généraliser et rendre des comptes

  • garantir une solution de soins primaires dans chaque bassin ;
  • réduire les écarts entre Départements (et pays) d'espérance de vie et de délais ;
  • assurer la continuité des parcours de santé mentale ;
  • garantir une réponse de crise en santé mentale accessible en permanence ;
  • généraliser les dispositifs évalués de diagnostic de proximité, de soins à domicile et de soutien aux aidants ;
  • généraliser les innovations évaluées positivement ;
  • publier les résultats sanitaires, financiers, sociaux et environnementaux.

12. Les indicateurs de réussite

  • partent de la population disposant d'un médecin traitant ;
  • délai médian et maximal d'accès aux généralistes, dentistes, spécialistes et soins psychiques ;
  • temps d'accès aux urgences, maternités et plateaux techniques ;
  • passages aux urgences évitables et délai d'admission en aval ;
  • durée moyenne des sorties retardées, réhospitalisations évitables et couverture de l'hospitalisation à domicile ;
  • mortalité prématurée et évitable, espérance de vie et vie sans incapacité ;
  • suicides, tentatives, délai d'accès aux soins et continuité après crise ;
  • taux de dépistage et de vaccination, taux de renoncement aux soins et répartition de ses motifs (délais, éloignement, coût, transport) ;
  • part des habitants considérant que l'accès aux soins s'est dégradé dans leur bassin de vie ;
  • part des habitants estimant que leur commune ou leur pays ou Département agit effectivement pour améliorer l'accès aux soins ;
  • délai entre dépistage positif, confirmation diagnostique et début du traitement ;
  • accessibilité des maternités, morbidité maternelle, santé mentale périnatale et expérience déclarée des femmes ;
  • aidants bénéficiant d'un bilan de santé ou d'un répit, besoins non couverts et délai d'accès ;
  • accès aux soins palliatifs à domicile, en établissement et à l'hôpital ;
  • densité, âge, vacance de postes et rotation des professionnels ;
  • absentéisme, accidents du travail et satisfaction des soignants ;
  • qualité de l'air, de l'eau et expositions environnementales prioritaires ;
  • dépenses de prévention et résultats obtenus ;
  • satisfaction et expérience des patients, publiées indépendamment des opérateurs.

Chaque indicateur sera ventilé par Département / bassin de vie, âge, sexe et situation sociale lorsque les effectifs le permettent. Une lecture spécifique distinguera métropoles, petites villes, espaces ruraux, îles et zones littorales soumises à de fortes variations saisonnières. Les moyennes ne doivent jamais masquer une perte de chance territoriale.

Conclusion – La santé comme preuve de la dévolution

Selon Yes Breizh, la santé est le domaine où la dévolution serait jugée le plus directement : un rendez-vous obtenu, une urgence prise en charge, un professionnel fidélisé, un suicide évité, une eau mieux protégée. Elle ne peut réussir par un simple changement d'organigramme.

La Bretagne doit conserver les forces de la solidarité nationale et de la médecine française (dont bretonne) tout en gagnant la capacité d'organiser ses réponses. Le cadre proposé associe droits centraux, responsabilité bretonne et mise en œuvre territoriale. Il donne aux professionnels plus de prise sur leur organisation et aux Bretonnes et Bretons un contrôle sur les résultats.

Les principes de Yes Breizh pour la santé ? Prévenir avant de réparer, organiser avant de fermer, coopérer avant de centraliser. Une Bretagne autonome en santé ne promettrait pas que tout soit disponible partout ; elle garantirait que personne ne soit abandonné en raison de son adresse, de son revenu ou de son âge.

Sources principales

  • Cour des comptes, La Sécurité sociale – Rapport sur l'application des lois de financement de la sécurité sociale, synthèse, mai 2026.
  • Document transmis, « La santé en Bretagne », expériences locales relatives à l'accès aux soins, 2026.
  • Fédération hospitalière de France, Institut Verian et Fondation Jean-Jaurès, Observatoire des territoires, vague « santé » du baromètre des municipales, 21 janvier 2026 (enquête nationale auprès de 1 000 adultes).
  • Breizh Europa, Santé et protection sociale, état des lieux publié en 2019.
  • ARS Bretagne, Projet régional de santé 2023-2028 et diagnostic territorial.
  • Santé publique France, Baromètre 2024 – édition Bretagne, publié en avril 2026.
  • Santé publique France, Conduites suicidaires en Bretagne – bilan 2024, octobre 2025.
  • Insee, bilan démographique de la Bretagne 2025, février 2026.
  • DREES, travaux sur l'accessibilité aux professionnels de santé et l'état de santé de la population.
  • Assurance Maladie, Observatoire de l'accès aux soins et convention médicale 2024-2029.
  • Scottish National Party, On Scotland's Side – Government Programme 2026, mai 2026 (soins de proximité, fluidité hospitalière, santé mentale, santé des femmes, aidants et soins palliatifs).

Notes et précisions

1. Par principe, Yes Breizh évite le terme ‘territoire’ dans ses publications. Ce terme est en effet utilisé de manière technocratique pour tout et n’importe quoi. ↩

2. Toute création d’observatoire ou agence etc. devra être liée à la disparition d’au moins une autre entité publique équivalente avec une reprise intégrale des personnels. Des ajustements pourront être opérés par la suite.
↩

3. Toute création d’observatoire ou agence etc. devra être liée à la disparition d’au moins une autre entité publique équivalente avec une reprise intégrale des personnels. Des ajustements pourront être opérés par la suite.
↩

4. VigilanS est un dispositif français de veille et de recontact post-hospitalier destiné aux personnes ayant fait une tentative de suicide. Coordonné par des équipes pluridisciplinaires de professionnels de santé (infirmiers, psychologues), il vise à prévenir la récidive en maintenant le lien pendant les six mois critiques qui suivent l'acte. ↩

5. Toute création d’observatoire ou agence etc. devra être liée à la disparition d’au moins une autre entité publique équivalente avec une reprise intégrale des personnels. Des ajustements pourront être opérés par la suite. ↩

Les dossiers thématiques du Levrig 2027 de Yes Breizh

• 1. Statut, institutions, dévolution et Constitution
• 2. Finances publiques, budget et autonomie fiscale
• 2 bis. Analyse budgétaire France – Bretagne 5
• 3. Le service public en Bretagne
• 4. La santé en Bretagne
• 5. Le handicap en Bretagne
• 6. Éducation, formation et enseignement supérieur
• 7. Culture, langues et médias
• 8. Identité bretonne, transmission et cohésion
• 9. Le logement en Bretagne
• 10. Emploi, entreprises et développement économique
• 11. Économie, commerce et mobilités
• 12. Agriculture et alimentation
• 13. Mer, littoral et pêche
• 14. Énergie, climat et transition écologique
• 15. Numérique et souveraineté
• 16. Sécurité, justice et défense
• 17. Europe et international
• 18. Diaspora bretonne et rayonnement international

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