Dossier thématique 15/19
NUMÉRIQUE ET SOUVERAINETÉ
This text is part of the thematic dossiers of the 2nd edition of Levrig by Yes Breizh.
Décider ici, protéger ici, coopérer en Europe
Levrig 2027
Trajectory 2027 – 2032
NB: «For the sake of fluidity and concision, In this text, the masculine is used to encompass all genders.».
Executive summary
La Bretagne est l’un des pôles numériques majeurs de la façade atlantique européenne. L’héritage des télécommunications à Lannion, les pôles rennais de cybersécurité et d’intelligence artificielle, les compétences maritimes et navales de Brest, l’écosystème nantais, la photonique, l’électronique et la recherche publique lui donnent une base exceptionnelle. Le déploiement d’un réseau public de fibre à l’échelle de la Bretagne administrative constitue également un actif collectif stratégique.
Mais la puissance d’usage ne signifie pas la souveraineté. Les administrations, entreprises et citoyens restent dépendants de fournisseurs non européens pour le cloud, les systèmes d’exploitation, les outils bureautiques, les réseaux sociaux, les composants, l’intelligence artificielle et parfois la cybersécurité elle-même. La donnée produite en Bretagne crée souvent davantage de valeur hors de Bretagne qu’à notre bénéfice.
Pour Yes Breizh, la souveraineté numérique n’est ni l’autarcie ni la promesse irréaliste de tout fabriquer localement. C’est la capacité de choisir, de changer de fournisseur, de comprendre les technologies utilisées, de protéger les données essentielles, de maintenir les services en cas de crise et de décider démocratiquement des usages. Elle se construit à trois échelles complémentaires : la Bretagne pour l’organisation et l’expérimentation ; la France pour certaines fonctions régaliennes et industrielles ; l’Europe pour la taille critique, les normes et les infrastructures stratégiques.
La dévolution permettrait à la Bretagne de maîtriser davantage ses achats numériques, ses données publiques, la formation, l’inclusion, l’innovation et la résilience de ses services. Elle ne supprimerait ni le RGPD, ni l’AI Act, ni les règles européennes de cybersécurité et de concurrence. Elle donnerait au contraire un niveau de décision capable de les traduire en choix cohérents et contrôlables.
- Le cap proposé par Yes Breizh consiste à considérer les réseaux, données et compétences critiques comme des infrastructures d’intérêt général ;
- garantir la continuité numérique des services essentiels ;
- réduire les dépendances par l’interopérabilité, la réversibilité et les logiciels libres ;
- organiser une gouvernance publique des données et de l’intelligence artificielle ;
- faire de la cybersécurité une politique territoriale accessible aux PME et aux communes ;
- développer les technologies du breton et du gallo ;
- soutenir une économie numérique bretonne sobre, européenne et exportatrice ;
- protéger l’espace démocratique contre la manipulation et la désinformation.
1. La souveraineté numérique : définir pour agir
1.1 Une capacité, non un label
Un service numérique n’est pas souverain parce qu’il est hébergé à proximité ou commercialisé par une entreprise bretonne ou française. Il faut apprécier l’ensemble de la chaîne : propriété et localisation des infrastructures, droit applicable, contrôle du logiciel, accès aux données et métadonnées, dépendances techniques, sous-traitants, compétences de maintenance, réversibilité et capacité de continuité en mode dégradé.
La souveraineté se mesure donc par des capacités concrètes : savoir ce qui est critique ; maîtriser les identités et habilitations ; chiffrer et sauvegarder ; changer de solution sans perdre ses données ; maintenir un service essentiel ; auditer les algorithmes ; négocier ses contrats ; former les utilisateurs et les décideurs.
1.2 Les quatre niveaux de maîtrise
- Maîtrise stratégique : décider des finalités, des risques acceptables et des dépendances tolérées.
- Maîtrise juridique : connaître le droit applicable aux données, aux contrats et aux accès extraterritoriaux.
- Maîtrise technique : évaluer, protéger, faciliter la compatibilité, enregistrer et faire fonctionner les systèmes.
- Maîtrise économique : disposer de fournisseurs alternatifs, de compétences et d’une capacité d’investissement.
1.3 Une souveraineté ouverte et européenne
Internet et la science reposent sur la coopération, les standards ouverts et la circulation des connaissances. La souveraineté ne doit pas devenir un prétexte au repli, à la surveillance ou à la fermeture de la recherche. La note du CESER sur les sciences de la mer le rappelle : les séries de données, les infrastructures scientifiques, la liberté académique et les coopérations internationales sont indispensables à la souveraineté de la connaissance.
2. La Bretagne numérique : un socle puissant, mais incomplet
| Indicator | Reference value | Perimeter and reading |
|---|---|---|
| Emplois du numérique | Environ 50 000 | Région administrative Bretagne, Focus IDÉO 20251 |
| Établissements du secteur | Environ 6 700 | Tissu très majoritairement composé de petites structures |
| Entreprises identifiées dans la cybersécurité | Environ 170 | Ordre de grandeur du rapport Yes Breizh, à consolider annuellement |
| Réseau public Bretagne Très Haut Débit | 1,4 million de locaux visés | Objectif de couverture intégrale fin 2026 dans les quatre Départements administratifs |
| Locaux rendus éligibles sur le réseau public | Environ 800 000 fin 2024 | Plus de 300 000 locaux supplémentaires en 2024 selon Mégalis2 Brittany |
| Levées de fonds French Tech Rennes Saint-Malo en 2024 | 234 millions d’euros | 22 opérations ; ne décrit pas l’ensemble de la Bretagne |
| Part des femmes dans les métiers numériques | Environ 25 à 35 % | Selon les métiers et sources mobilisés par IDÉO Bretagne |
| Usage de l’IA générative | 48 % des Français en 2025 | Donnée nationale du Baromètre du numérique 2026 |
Ces chiffres attestent une masse critique, mais ils ne forment pas encore un tableau de souveraineté. La Bretagne ne dispose pas d’un inventaire consolidé à cinq Départements de ses dépendances, infrastructures critiques, centres de données, compétences rares, dépenses publiques numériques et données stratégiques. Cette connaissance doit précéder les annonces de « cloud breton » ou d’« IA bretonne ».
2.1 Des pôles complémentaires
Rennes concentre recherche, cybersécurité, intelligence artificielle, télécommunications, défense et services numériques. Lannion reste un site historique des réseaux, de la photonique et de l’électronique. Brest réunit numérique maritime, cyberdéfense, océanographie, systèmes navals et données marines. Nantes et Saint-Nazaire apportent un écosystème numérique et industriel majeur, notamment dans les logiciels, les industries créatives, la santé et l’industrie. Vannes, Lorient, Quimper et Saint-Brieuc structurent des réseaux de PME, de services, de formation et d’innovation de proximité.
Cette géographie plaide pour un réseau multipolaire et non pour une concentration supplémentaire dans une seule métropole.
2.2 La fibre : un actif public, pas une fin en soi
Bretagne Très Haut Débit vise 100 % des locaux de la région administrative d’ici la fin 2026, en incluant un réseau public pour les zones non couvertes par l’initiative privée. Ce choix réduit une fracture d’infrastructure et constitue un actif de souveraineté territoriale.
La fibre ne règle toutefois ni le raccordement final, ni la couverture mobile, ni le coût des abonnements, ni l’équipement des ménages, ni les compétences. Pour Yes Breizh, la qualité réelle doit être mesurée par la disponibilité, le débit, le délai de réparation et la résilience, y compris dans les îles et zones rurales.
Pour les îles et terres exposées, la continuité exige aussi des routes alternatives. Yes Breizh souhaite la réalisation d’une étude bretonne pour identifier les dépendances aux câbles terrestres et sous-marins, les points uniques de panne et les solutions de secours : double adduction, radio, satellite, capacités mobiles temporaires et stocks d’équipements. Le but n’est pas de multiplier les infrastructures sans nécessité, mais d’éviter qu’une rupture unique isole durablement une zone géographique bretonne.
2.3 Un tissu innovant, mais fragmenté
Pour Yes Breizh, le nombre d’entreprises et de créations témoigne d’une forte vitalité. Mais la très petite taille de nombreuses structures limite leur capacité à répondre aux marchés publics, exporter, financer une certification ou supporter les cycles longs de la recherche. La souveraineté suppose donc une politique de consortiums, de commandes de référence et de passage à l’échelle, non une dispersion des subventions.
3. Les dépendances stratégiques
3.1 Cloud, logiciels et plateformes
On le sait, la concentration du cloud mondial crée une dépendance économique, technique et juridique. Les mêmes effets de verrouillage existent dans la bureautique, la messagerie, les outils collaboratifs et les réseaux sociaux. L’enjeu n’est pas d’interdire une marque : il est d’exiger une analyse de risque, des formats ouverts, une portabilité testée, une sortie contractualisée et une alternative crédible pour les fonctions critiques.
3.2 Composants, équipements et chaînes d’approvisionnement
Si la Bretagne possède des compétences en électronique, photonique et télécommunications, elle dépend de chaînes mondiales pour les semi-conducteurs, serveurs, terminaux et équipements réseau. Elle ne peut reconstituer seule une industrie complète. Elle peut en revanche identifier les composants critiques, renforcer la réparation et le reconditionnement, soutenir les niches de haute valeur et participer aux alliances industrielles européennes.
3.3 Intelligence artificielle et modèles fondamentaux
L’IA générative accélère les usages, mais concentre la puissance de calcul, les données et la propriété intellectuelle. Une politique publique sérieuse distingue les usages à faible risque des usages sensibles, mesure les coûts complets, protège les données, documente les modèles et maintient un contrôle humain.
L’AI Act3 est entré dans une phase majeure d’application le 2 août 2026, après l’application des interdictions et obligations de culture IA en 2025. La Bretagne doit se préparer comme acheteuse, utilisatrice, formatrice et pôle d’expérimentation, sans créer une réglementation contradictoire avec le droit européen.
3.4 Données publiques, industrielles et scientifiques
Les données de santé, de mobilité, d’énergie, d’agriculture, de mer et d’environnement ont une valeur stratégique. Leur mise en commun peut améliorer les services et la recherche, mais exige une finalité claire, une qualité documentée, des droits d’accès, une gouvernance et une sécurité proportionnée.
Le Data Act4, applicable depuis septembre 2025, améliore l’accès aux données issues des objets connectés et la portabilité entre services de traitement. Pour Yes Breizh, la Bretagne doit utiliser ce cadre pour créer des espaces de données sectoriels compatibles avec les standards européens.
4. Cybersécurité et résilience
4.1 Rappel : une menace systémique
Une cyberattaque contre un hôpital, une commune, une entreprise agroalimentaire, un port ou un opérateur d’eau peut produire des effets physiques et sociaux immédiats. La sécurité ne peut donc être laissée au seul service informatique. Les dirigeants doivent connaître les actifs critiques, les scénarios de crise et leur responsabilité.
4.2 De l’excellence à la protection de toute la Bretagne
La Bretagne dispose d’une filière cyberreconnue, de Bretagne Cyber Alliance et du CSIRT Breizh5. Pourtant, les petites communes, associations, établissements de santé et PME restent souvent dépourvus de compétences et de budget. Pour Yes Breizh, l’enjeu est de transformer l’excellence métropolitaine en service territorial de prévention, de réponse et de reconstruction.
4.3 Anticiper NIS2
La directive européenne NIS2 élargit les obligations de cybersécurité à de nombreux secteurs essentiels et importants. En août 2026, sa transposition française demeure toujours en cours ; l’ANSSI met à disposition le Référentiel Cyber France comme base de préparation. Selon Yes Breizh, les acteurs bretons ne doivent pas attendre les textes définitifs pour cartographier les risques, organiser la gestion d’incident, sécuriser les fournisseurs et former leurs dirigeants.
4.4 Rappel : la continuité en mode dégradé
Un service souverain est un service qui continue à remplir sa mission essentielle lorsque le réseau, le cloud ou le fournisseur devient indisponible. Chaque opérateur public critique doit disposer de sauvegardes hors ligne, d’un annuaire de crise, de procédures papier ou locales, d’exercices réguliers et d’une capacité de restauration testée.
5. Services publics, logiciels libres et achats
5.1 La commande publique comme levier
Comme sur d’autres sujets et en l’occurrence sur celui-ci, les collectivités achètent chaque année des logiciels, matériels, hébergements et prestations. En coordonnant leurs besoins, elles peuvent imposer interopérabilité, accessibilité, écoconception, sécurité, réversibilité et transparence. La souveraineté ne justifie pas de réserver arbitrairement un marché à une entreprise locale ; elle permet de définir des exigences qui empêchent la captivité et valorisent la maîtrise durable. Yes Breizh considère que la commande publique est un levier devant être plus utilisé qu’aujourd’hui par les collectivités, les règles d’achats publics permettent beaucoup plus qu’il est couramment considéré.
5.2 Le libre par défaut lorsque pertinent
Un logiciel libre n’est pas automatiquement sûr, maintenu ou adapté. Cependant, son code vérifiable, ses formats accessibles et sa capacité de partage peuvent diminuer la dépendance. Yes Breizh propose une doctrine : étudier prioritairement les solutions libres et mutualisables, documenter tout écart, financer la maintenance et reverser les améliorations utiles à la communauté.
Des entreprises bretonnes développent déjà des solutions de communication respectueuses des données, à l’image de Treebal6 et d’autres acteurs. Elles doivent pouvoir accéder à des expérimentations et commandes de référence sur des critères transparents, au même titre que les solutions européennes interopérables.
5.3 Une administration accessible par plusieurs voies
La dématérialisation ne doit pas supprimer l’accueil humain. Pour Yes Breizh, tout service public numérique doit être accessible aux personnes handicapées, mais doit également être compréhensible, utilisable sur un équipement ancien et doublé d’une solution non numérique. L’inclusion est une composante de la souveraineté : une population dépendante d’intermédiaires pour exercer ses droits ne maîtrise pas son environnement numérique.
6. Compétences, économie et inclusion
6.1 Former toute la société
Yes Breizh considère que la Bretagne doit former trois publics : les spécialistes capables de concevoir et sécuriser ; les professionnels capables d’intégrer les outils dans leur métier ; les Bretonnes et les Bretons capables de comprendre les risques, protéger leurs données et vérifier l’information. La culture numérique et la culture IA doivent désormais commencer à l’école et se poursuivre tout au long de la vie.
Yes Breizh propose l’établissement d’un plan d’inclusion numérique reliant explicitement accès aux droits et accès à l’emploi. Il devra proposer diagnostic de compétences, apprentissages courts, accompagnement vers les formations professionnelles et mise à disposition d’équipements reconditionnés. Ainsi, la Bretagne pourra défendre auprès des opérateurs un tarif social simple pour la connexion fixe ou mobile, afin que le coût de l’abonnement ne devienne pas une barrière à l’éducation, au travail ou aux démarches essentielles.
6.2 Diversifier les recrutements
Comme indiqué supra, la sous-représentation des femmes réduit le vivier et reproduit des biais dans la conception. Les personnes en reconversion, les habitants des zones rurales, les personnes handicapées et les jeunes éloignés des filières doivent pouvoir accéder aux formations. Pour Yes Breizh, les aides publiques bretonnes doivent être liées à des engagements mesurables sur l’égalité, l’apprentissage et la qualité de l’emploi.
6.3 Donner une taille européenne aux entreprises stratégiques
Pour Yes Breizh, l’aide publique bretonne doit soutenir le passage du prototype au marché : certification, industrialisation, export, recrutement commercial, consortiums et premières références. Une participation publique bretonne minoritaire et temporaire peut être envisagée pour protéger une technologie critique, avec gouvernance, doctrine de sortie et contrôle démocratique.
Pour les entreprises d’intelligence artificielle responsables et les technologies critiques, un accélérateur breton de passage à l’échelle associera dirigeants expérimentés, chercheurs, acheteurs publics, industriels, investisseurs européens et experts de la conformité. L’objectif ne sera pas de fabriquer artificiellement des « licornes »7, mais de permettre aux entreprises disposant d’une technologie utile et maîtrisée de franchir les étapes du marché, de l’internationalisation et de la commande de référence sans perdre immédiatement leur centre de décision.
7. Langues, connaissance et démocratie
7.1 Une présence numérique complète du breton et du gallo
Une langue absente des claviers, correcteurs, moteurs de recherche, interfaces vocales et modèles d’IA devient invisible dans les usages futurs. Pour Yes Breizh, la Bretagne doit financer des corpus de qualité, ouverts lorsque les droits le permettent, des outils de transcription et de synthèse vocale, des terminologies et des jeux d’évaluation.
Ces ressources doivent être gouvernées comme un bien commun : consentement, traçabilité, respect des auteurs, licences claires et accès équitable aux chercheurs, associations et entreprises.
7.2 Protéger la souveraineté de la connaissance
Yes Breizh souligne que la Bretagne rassemble un tiers des effectifs français (y compris bretons) en sciences marines et des infrastructures de données accumulées sur le temps long. Yes Breizh a bien noté que le CESER souligne que la fragilisation de la recherche, des équipements et de la coopération menacerait les souverainetés économique, alimentaire, sanitaire et énergétique. Les données scientifiques stratégiques doivent donc être préservées, documentées, sauvegardées et partagées selon des règles qui garantissent à la fois ouverture scientifique et protection des actifs sensibles.
7.3 Désinformation et espace public
On le sait, les plateformes peuvent accélérer la manipulation, les faux contenus et la polarisation. La réponse ne peut être un contrôle politique de l’information. Elle doit combiner transparence des communications publiques, indépendance de la recherche, éducation aux médias, soutien au journalisme, accès aux données des plateformes pour les chercheurs et application du droit européen.
Pour Yes Breizh, toute utilisation publique de contenus générés ou modifiés par IA devra être signalée. Les systèmes influençant l’accès à un droit, une formation ou un emploi doivent faire l’objet d’une analyse d’impact, d’un contrôle humain et d’une voie de recours.
La protection des mineurs appelle une approche que Yes Breizh considère relever de la santé publique et de l’éducation, une approche complémentaire à la régulation européenne des plateformes. Pour Yes Breizh, une campagne permanente doit expliquer aux jeunes, parents et professionnels les effets possibles du temps d’écran et des réseaux sociaux sur le sommeil, la santé mentale, l’image corporelle, l’attention et l’exposition à la haine ou à la violence. Elle abordera aussi le partage parental d’images et d’informations, qui peut constituer à l’insu de l’enfant une identité numérique durable et exploitable.
8. Ce que la dévolution changerait
8.1 Des compétences cohérentes
La Bretagne devrait pouvoir définir une stratégie intégrée à cinq Départements pour les infrastructures, les achats publics numériques, les données territoriales, la formation, l’inclusion, l’innovation et la sobriété. Les fonctions nationales de cyberdéfense, de renseignement et de régulation resteraient exercées au niveau de l’État central et de l’Europe, avec des interfaces formalisées.
8.2 Un principe de subsidiarité numérique
Pour Yes Breizh, la décision doit être prise au niveau le plus proche capable d’agir efficacement. Une commune ne peut négocier seule avec un fournisseur mondial ; la Bretagne peut mutualiser les exigences et compétences. La Bretagne ne peut produire seule un semi-conducteur avancé ou réguler une plateforme mondiale ; l’Europe est l’échelle pertinente.
8.3 Une gouvernance contrôlable
Un Conseil breton du numérique8, pluraliste et indépendant, associerait collectivités, chercheurs, entreprises, syndicats, associations, défenseurs des droits et quelques Bretonnes et Bretons volontaires. Il publierait les dépendances critiques, les indicateurs, les analyses d’impact et les résultats des politiques, sans accéder aux secrets opérationnels de sécurité.
9. Quinze propositions pour 2032
Proposition 1 – Établir la cartographie des dépendances numériques
Un inventaire à cinq Départements couvrira systèmes critiques, fournisseurs, contrats, données, compétences, centres de données, réseaux, composants et plans de continuité. Il distinguera les dépendances acceptables, à réduire ou à supprimer, et sera mis à jour chaque année.
Proposition 2 – Protéger et étendre les réseaux publics
Après l’achèvement de la fibre, la priorité portera sur les raccordements effectifs, la résilience, les îles, la couverture mobile, les routes alternatives et la maintenance. Un audit des liaisons sous-marines et des points uniques de panne précédera les investissements de redondance. La Loire-Atlantique sera intégrée à la planification bretonne par coopération puis dans le cadre institutionnel de la réunification.
Proposition 3 – Créer un cloud public breton fédéré
Il ne s’agira pas de construire immédiatement un centre de données unique. Une fédération de services qualifiés proposera hébergement, sauvegarde, identité et outils mutualisés, avec classification des données, chiffrement, réversibilité testée et articulation avec les offres françaises et européennes de confiance.
Proposition 4 – Adopter une doctrine d’achat souverain et responsable
Tout marché important intégrera formats ouverts, portabilité, accessibilité, sécurité, écoconception, localisation documentée des données et plan de sortie. Les collectivités mutualiseront les audits, clauses et marchés lorsque cela augmente leur pouvoir de négociation.
Proposition 5 – Déployer un socle commun de logiciels libres
Une forge publique bretonne hébergera les composants mutualisés, documentations et contributions. Bureautique, messagerie, visioconférence, gestion documentaire et services métiers feront l’objet de trajectoires réalistes, avec accompagnement des agents et financement de la maintenance.
Proposition 6 – Généraliser un bouclier cyber Breizh – 5
Le CSIRT Breizh et ses partenaires offriront diagnostic, exercices, assistance et retour d’expérience aux communes, hôpitaux, ports, établissements d’enseignement, associations et PME. Un service partagé de responsables de sécurité accompagnera les structures trop petites pour recruter seules.
Proposition 7 – Créer des espaces bretons de données
Des espaces sectoriels – mer, agriculture, énergie, mobilité, santé et environnement – seront développés avec catalogues, standards, règles d’accès, traçabilité et participation des producteurs de données. Ils resteront interopérables avec les espaces européens et respecteront le RGPD et le secret des affaires.
Proposition 8 – Instituer une charte bretonne de l’IA publique
Un registre public recensera les systèmes d’IA utilisés par les collectivités, leur finalité, fournisseur, données, risques et contrôle humain. Les usages sensibles exigeront une analyse d’impact, un audit, une voie de recours et une solution de continuité. Les agents bénéficieront d’une formation objective à la culture IA.
Proposition 9 – Lancer un fonds de passage à l’échelle numérique
Le fonds soutiendra certification, industrialisation, export et consortiums dans la cyber, les télécoms, la photonique, le numérique maritime, la santé, les logiciels et l’électronique. Il financera notamment un accélérateur de l’IA responsable reliant entreprises à fort potentiel, entrepreneurs expérimentés, réseaux d’investissement et premiers clients. Les aides seront conditionnées à l’ancrage des compétences, à la qualité de l’emploi et à des résultats vérifiables.
Proposition 10 – Créer un commun numérique du breton et du gallo
Corpus, dictionnaires, terminologies, voix, outils de correction, traduction et évaluation seront produits avec les locuteurs, chercheurs et associations. La gouvernance protégera les droits des contributeurs tout en assurant une réutilisation large par les services publics et l’innovation.
Proposition 11 – Garantir un droit à l’accompagnement numérique
Chaque bassin de vie disposera de médiateurs formés et de lieux d’accès. Aucun droit ne deviendra exclusivement numérique. L’accessibilité, le langage clair, l’équipement reconditionné, la lutte contre la fraude et la protection des mineurs feront partie d’un programme commun. Un parcours reliera l’accompagnement de base aux compétences nécessaires à l’emploi et la Bretagne négociera un tarif social de connectivité avec les opérateurs.
Proposition 12 – Fixer un budget carbone et matériel du numérique public
Les achats publics mesureront durée de vie, réparabilité, réemploi, consommation d’énergie, d’eau et de ressources. La priorité ira à l’allongement de la durée d’usage et à l’écoconception. Yes Breizh ne dispose malheureusement pas de données concernant la Bretagne, mais le numérique représente environ 4 % de l’empreinte carbone française en 2022 ; sans action, son empreinte pourrait fortement augmenter d’ici 2050.
Proposition 13 – Adopter un plan breton d’inclusion et de compétences numériques
Le plan fixera pour chaque bassin de vie des objectifs d’accès, d’équipement, de compétences et d’insertion professionnelle. Il coordonnera médiateurs, bibliothèques, associations, organismes de formation, missions locales et entreprises. Son efficacité sera mesurée par l’autonomie acquise et l’accès à un droit, une formation ou un emploi, non par le seul nombre d’ateliers organisés.
Proposition 14 – Garantir la continuité numérique des îles et zones isolées
Chaque partie de la Bretagne exposée disposera d’un scénario de rupture, d’un délai maximal de rétablissement et de moyens de secours proportionnés. Les investissements dans une liaison sous-marine, une seconde route terrestre ou une solution radio ou satellitaires seront décidés après étude publique des risques, coûts, usages essentiels et effets environnementaux.
Proposition 15 – Protéger les mineurs dans leur vie numérique
Une stratégie de prévention associera école, santé, familles, jeunesse, recherche et associations. Elle développera l’éducation aux plateformes, à l’attention, au sommeil, à la sexualité numérique, au cyberharcèlement, aux contenus haineux et au partage parental d’images. Les mesures seront évaluées indépendamment et ne reposeront ni sur la surveillance généralisée ni sur la culpabilisation des familles.
Conditions of implementation
No transformation is generalized without a budget, a market opportunity, revenue and evaluation. No objective is imposed without a budget, a timeline, support, and accessible technical solution. No transfer takes place without resources. In the event of failure, the system is corrected rather than maintained for appearances’ sake. A code green, orange, red It will indicate the trajectory, but will never replace the figures and their explanation. A temporary increase in an indicator may correspond to a transition or to a better census: each evolution will be interpreted before a decision is made.
10. Calendrier 2027-2032
2027 – Connaître et sécuriser
- publier la cartographie initiale des dépendances et dépenses ;
- adopter les doctrines d’achat, de données et d’IA ;
- tester les plans de continuité des services essentiels ;
- installer le Conseil breton du numérique ;
- lancer le commun linguistique et trois pôles d’inclusion renforcée ;
- auditer la résilience des liaisons insulaires et préparer la stratégie de prévention des usages numériques des mineurs.
2028-2029 – Mutualiser et expérimenter
- ouvrir la première fédération de cloud public et la forge logicielle ;
- déployer le bouclier cyber et les responsables de sécurité partagés ;
- créer les premiers espaces de données mer, agriculture et mobilité ;
- financer les premières cohortes de passage à l’échelle ;
- ouvrir l’accélérateur de l’IA responsable et expérimenter le tarif social de connectivité ;
- publier le registre des IA publiques et les premiers audits.
2030-2032 – Generalize and take responsibility
- appliquer les clauses de réversibilité à tous les nouveaux marchés critiques ;
- couvrir chaque bassin de vie par la médiation et la réponse cyber ;
- réduire les fournisseurs uniques dans les fonctions essentielles ;
- proposer une suite complète de technologies du breton et du gallo ;
- garantir un plan de continuité numérique à chaque île et aire isolée prioritaire ;
- publier chaque année les gains de sécurité, d’autonomie, d’emploi et de sobriété.
11. Les indicateurs de réussite
- part des systèmes critiques disposant d’un plan de continuité testé ;
- nombre de dépendances critiques sans solution alternative ;
- part des marchés comprenant portabilité et réversibilité testées ;
- proportion de données sensibles hébergées selon leur classification ;
- délai de détection, réponse et restauration après incident ;
- part des communes, PME et établissements couverts par le bouclier cyber ;
- utilisation et contributions aux logiciels mutualisés ;
- emplois, entreprises en croissance et chiffre d’affaires export du secteur ;
- part des femmes et diversité des publics dans les formations et emplois ;
- accès réel au très haut débit, disponibilité et délai de réparation ;
- nombre de Départements (ou pays) dépendant d’une liaison unique et délai de rétablissement testé ;
- ménages bénéficiant d’un tarif social et évolution du non-recours numérique ;
- personnes ayant acquis une autonomie numérique ou accédé à une formation ou un emploi ;
- taux de conformité des services publics à l’accessibilité numérique ;
- usage des ressources numériques en breton et en gallo ;
- durée de vie des équipements, taux de réemploi et empreinte des services publics ;
- entreprises accompagnées par l’accélérateur, marchés obtenus, capitaux européens mobilisés et centres de décision maintenus ;
- indicateurs de sommeil, cyberharcèlement, exposition aux contenus nocifs et compréhension du partage parental chez les mineurs.
Les résultats seront publiés séparément pour les cinq Départements et les principaux bassins de vie. Les indicateurs de moyens ne remplaceront pas les résultats : un réseau construit n’est utile que s’il fonctionne ; une donnée ouverte n’a de valeur que si elle est documentée ; une sauvegarde n’existe vraiment que si sa restauration a été testée.
Conclusion – Choisir plutôt que subir
Yes Breizh a la conviction que la Bretagne possède les compétences, l’histoire industrielle et les infrastructures nécessaires pour devenir une référence européenne du numérique souverain, humain et sobre. Elle ne doit pas chercher à reproduire la Silicon Valley, mais à construire un modèle propre : coopération, services publics robustes, économie de proximité, recherche ouverte, droits fondamentaux et responsabilité environnementale.
La souveraineté numérique bretonne ne consistera pas à tout produire en Bretagne. Elle consistera à maîtriser ce qui est essentiel, à ne pas dépendre d’un acteur unique, à savoir continuer en cas de crise et à pouvoir dire non à un usage contraire à l’intérêt collectif.
Pour Yes Breizh, le choix sociétal est donc clair : passer d’une Bretagne consommatrice de solutions à une Bretagne capable d’en définir les règles, d’en orienter les achats, d’en protéger les données et d’en partager la valeur. Décider ici, protéger ici, coopérer en Europe.
Main sources
- Yes Breizh, Comité Numérique et souveraineté numérique, La place de la Bretagne dans le monde numérique et les enjeux de souveraineté numérique, mai 2026.
- CESER from Brittany, Sciences de la mer : défi mondial, atout majeur pour la Bretagne, December 2025.
- Région Bretagne – IDÉO, Focus : le numérique en Bretagne, janvier 2025.
- Mégalis Bretagne, rapport d’activité 2024 et informations Bretagne Très Haut Débit publiées en 2025-2026.
- Insee, Économie et société à l’ère du numérique, Edition 2025.
- Commission européenne, AI Act et règlement européen sur les données (Data Act), état d’application en août 2026.
- ANSSI, documentation NIS2 et Référentiel Cyber France, mars 2026.
- DINUM, doctrine « Cloud au centre » et doctrine des achats publics numériques, 2026.
- Arcep et ADEME, travaux sur l’empreinte environnementale du numérique, éditions 2025-2026.
- Scottish National Party, On Scotland’s Side – Government Programme 2026, mai 2026 (inclusion et compétences numériques, connectivité rurale et insulaire, IA responsable et passage à l’échelle, prévention des risques numériques pour les mineurs).
Notes and clarifications
1. Service public de l’orientation en Bretagne. ↩
2. Réseau breton de fibre optique ↩
3. L’IA Act (ou Règlement européen sur l’intelligence artificielle) est la toute première législation complète au monde visant à encadrer le développement, la commercialisation et l’utilisation des systèmes d’intelligence artificielle au sein de l’Union européenne. Voté en 2024, ce texte majeur est entré dans une phase d’application stricte, plusieurs de ses dispositions clés sont entrées en vigueur le 2 août 2026 ↩
4. Le Data Act (ou Règlement européen sur les données) est un texte législatif majeur de l’Union européenne, complémentaire au RGPD et à l’IA Act. Entré en vigueur fin 2023, son application obligatoire a débuté le 12 septembre 2025.Son objectif principal est de briser les monopoles sur les données industrielles et non personnelles. Il redonne le contrôle de ces informations aux utilisateurs (entreprises ou particuliers) de produits connectés. ↩
5. Le Centre de réponses aux incidents Cyber en Bretagne. ↩
6. En août 2026, la région administrative n’avait toujours pas audité la solution pour un emploi dans ses services. ↩
7. Mais des vraies, oui ! ↩
8. Any creation of an observatory or agency etc. will have to be linked to the disappearance of at least one other equivalent public entity with the full reinstatement of the staff. Adjustments may be made subsequently.
↩
The thematic dossiers of Levrig 2027 by Yes Breizh
• 1. Statute, institutions, devolution and Constitution
• 2. Public finances, budget and fiscal autonomy
• 2 bis. Budgetary analysis France – Brittany 5
• 3. The public service in Brittany
• 4. Health in Brittany
• 5. Disability in Brittany
• 6. Education, training and higher education
• 7. Culture, languages and media
• 8. Breton identity, transmission and cohesion
• 9. Housing in Brittany
• 10. Employment, businesses and economic development
• 11. Economy, trade and mobility
• 12. Agriculture and food
• 13. Sea, coast and fishing
• 14. Energy, climate and the ecological transition
• 15. Digitalization and sovereignty
• 16. Security, justice and defense
• 17. Europe and internationally
• 18. Breton Diaspora and international outreach
