Voix de Bretagne est une série d’entretiens courts proposée par Yes Breizh.
À travers cinq questions simples, des Bretonnes et des Bretons venus d’horizons différents partagent leur regard sur l’avenir de la Bretagne.
Leurs réponses sont publiées telles quelles, sans modification.
Qui est Ondine Morin ?
Ondine Morin est pêcheuse professionnelle, guide-conférencière et profondément attachée à Ouessant où elle vit toute l’année.
À travers son activité de pêche à la ligne et son engagement au sein de Kalon Eusa, elle fait découvrir aux visiteurs l’histoire, les légendes et le patrimoine exceptionnel de cette île située à l’extrémité occidentale de la Bretagne.
Passionnée par la mer et par la transmission, elle défend une approche respectueuse du vivant, convaincue que les habitants d’un lieu sont les mieux placés pour le préserver. Son regard, nourri par la vie insulaire, mêle amour de la nature, sens des responsabilités et volonté de transmettre aux générations futures un patrimoine aussi riche que fragile.
Dans cette nouvelle interview de Voix de Bretagne, Ondine Morin partage sa vision de l’avenir des îles bretonnes, de la préservation du littoral et d’un engagement responsable au service de la Bretagne.

Vivre et travailler à Enez Eusa, est-ce une autre manière de regarder la Bretagne et son avenir ?
Vivre et travailler toute l’année à Ouessant émane d’une passion pour cette île.
C’est avant tout pour cette douceur de vivre au quotidien que je suis restée à Ouessant,
Puis pour la faire partager à mes enfants car j’ai eu l’enfance la plus heureuse et la plus privilégiée ici.
On essaie de garder le lien avec la Bretagne, en la faisant découvrir à nos enfants, même si mon fils ainé, du haut de ses six ans et demi « ne trouve rien de plus beau que Ouessant« .
Ouessant leur permet de rêver car on peut encore y imaginer un avenir radieux et plein d’espoir.
À travers votre métier de pêcheuse professionnelle et votre engagement avec Kalon Eusa, qu’avez-vous le plus envie de transmettre à celles et ceux qui découvrent votre île ?
Je transmets naturellement ma passion pour Ouessant.
Je ne m’en rends parfois pas bien compte mais quand je vois le regard des enfants pleins de rêves après une balade sur les légendes insulaires, ou celui des adultes pleins d’étoiles après avoir apprécié l’allumage des phares d’Iroise, je suis comblée.
J’apprécie de vendre le fruit de ma pêche à la ligne à des personnes averties, dans le sens qu’elles comprennent où et comment a été pêché le poisson.
Sinon je prends le temps de leur expliquer.
La plus belle réflexion que l’on m’ait faite : j’aime votre poisson car il a une âme. Pour quasiment chaque poisson que l’on pêche, je pourrais avoir une anecdote sur la manière dont il a mordu, où cela s’est passé et de quelle manière on la remonter à bord.
Selon vous, quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels sont confrontées les îles bretonnes et, plus largement, le monde maritime breton ?
Je pense que le principal défi pour les générations futures (et dès aujourd’hui) est la « préservation de la Nature ».
Les premiers habitant dès le Mésolithique nous ont « légué » leur île en la respectant et en la préservant et nous avons le devoir de la protéger et de la sauvegarder. Le maître mot sera le respect du Vivant et du Minéral et l’humilité des hommes qui y habitent. Les éléments auront toujours le dernier mot, nous ne sommes que de passage mais nous pouvons tous agir pour la protéger pour les générations futures.

Si la Bretagne disposait de davantage de responsabilités pour gérer son littoral, la mer et son patrimoine, qu’est-ce que cela changerait concrètement selon vous ?
La région mais surtout les associations locales devraient avoir plus de poids dans les décisions prises par exemple au niveau européen et qui nous dépassent totalement, voire qui n’ont rien à voir avec notre territoire.
Ainsi chaque commune pourrait choisir ses priorités grâce aux associations locales qui connaissent parfaitement le lieu et qui ont du recul depuis des décennies.
Pour la mer, il faudrait faire confiance aux associations comme celle dont je fais partie Les ligneurs de la Pointe Bretagne qui est composée de pêcheurs ligneurs passionnés et qui connaissent mieux que quiconque leurs lieux de pêche et qui seraient tout à fait disposer à les gérer.
Souvent l’Etat légifère des années après que des décisions soient prises au niveau associatif (par exemple repos biologique du bar). Il est temps aujourd’hui de les écouter et d’agir rapidement, il en va des stocks halieutiques du littoral breton.
Quel message aimeriez-vous adresser aux Bretonnes et aux Bretons qui souhaitent préserver ce qui fait la richesse de leur pays tout en le préparant aux défis de demain ?
Il faut agir dès maintenant, constituer des associations et ne jamais se résigner.
À travers cet entretien, Ondine Morin nous invite à porter un autre regard sur la Bretagne, depuis Ouessant, où la mer, la nature et la transmission façonnent le quotidien de ses habitants.
Yes Breizh remercie chaleureusement Ondine Morin pour le temps accordé et la sincérité de ses réponses.
Photos Ondine Morin
Retrouvez Ondine sur Kalon Eusa.
Retrouvez les autres interviews de notre série Voix de Bretagne sur Yes Breizh:
– Yvan Moullec, Maire de Plouhinec, Finistère.
– Samuel Le Port, CEO messagerie Treebal
– Pêr-Vari Kervarec, artiste musicien.
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